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Couveerture du livre L'avenir en perspective de Jacques Carles et michel Granger

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Le capitalisme s’autodétruit

 

Tout système économique fini par être remplacé par le suivant. Le système féodal a tenu quelques siècles puis il disparu. La capitalisme qui a vu le jour avec la révolution industrielle du 19ème siècle donne aujourd’hui des signes d’essoufflement avec ses crises à répétition, ses inégalités croissantes et ses impacts négatifs sur l’environnement.
Marx, qui était d’abord un excellent économiste, était convaincu que le capitalisme était voué à l’autodestruction. Il se pourrait fort que sa prédiction se réalise au cours de ce siècle.

Le capitalisme repose sur la création de valeur par le travail. Comme Adam Smith et David Ricardo, Karl Marx explique que la valeur ajoutée (ou plus-value) est la différence entre la valeur de la production d’un bien et le coût des éléments qui sont nécessaires à la fabrication de ce bien. L’ouvrier doit donc produire plus de valeur ajoutée que le salaire qui lui est versé pour que l’employeur puisse amortir ses investissements et en garder un profit pour lui-même.

La concurrence actuelle dans l’économie mondialisée est telle que les prix de vente, en valeur réelle[1], sont structurellement en baisse. Comme l’employeur doit continuer d’investir pour soutenir la concurrence et survivre, il ne peut maintenir son profit que s’il baisse les coûts de production et notamment les frais de personnel. Pour cela, il peut se rapprocher d’un concurrent pour mutualiser les moyens, éliminer les « doublons » et réduire ses frais de structure. Cette voie conduit au processus de fusion ou d’acquisition entre concurrents dont on connaît les effets pervers et les détresses sociales qu’elles génèrent. Il peut aussi baisser les salaires de ses employés ou plus radicalement délocaliser la production dans des pays à bas coût de main d’œuvre ce qui lui permet de réduire la masse salariale. Là encore la limite est atteinte quand les salariés des pays en développement finissent pas retrouver un contexte qui leur permet d’exiger une revalorisation de leur traitement. Vient alors l’ultime réponse de l’employeur : la robotisation qui réduit les frais de personnel à moins de 10% des prix de revient. A ce niveau la pression sur les salaires et les délocalisations n’ont plus que des effets à la marge. Le problème du capitalisme c’est que la machine, même intelligente, ne produit pas de valeur ajoutée : on ne peut pas « exploiter » une machine. Le prix de l’achat ou la location de la machine correspond exactement à la valeur qu’elle peut produire. Dans une économie capitaliste le profit ne peut provenir que d’un prélèvement sur le travail humain. La limite du système est atteinte quand le travail humain se réduit comme peau de chagrin. Le profit ne peut alors se maintenir qu’au prix d’une pression inouïe sur les salaires des plus fragiles.

Dans les pays développés, les pauvres de plus en plus nombreux manquent d’argent pour consommer ce qui limite la croissance. Les riches de plus en plus riches accumulent des fortunes mais, faute de croissance et de débouchés, ils n’investissent plus dans la production mais spéculent sur les marchés financiers.

Par ailleurs la tendance séculaire à la baisse des prix liée aux évolutions technologiques et aux gains de productivité conduit peu à peu à réduire au coût matière ou, pour les produits immatériels, à quasiment à zéro le coût marginal (le coût pour produire une unité supplémentaire). Dans le monde de l’internet, l’effet de masse ramène les frais fixes supportés par chaque « objet  virtuel » à presque rien et le coût marginal n’ayant même plus de sens, la gratuité est déjà une caractéristique de ce nouveau media. L’éducation, l’information, la musique, sont largement accessible gratuitement sur la toile. Le capitalisme classique sans chiffre d’affaires demande alors beaucoup d’imagination et d’innovation !

L’espèce humaine est par ailleurs en train de réaliser l’énorme coût que devront supporter les prochaines générations pour réparer les dégâts occasionnés à l’environnement par le système productiviste. Ce coût que n’a pas intégré le marché, pourrait bien être l’élément déclenchant de la prise de conscience de la nécessité de réformer le système économique.

Un nouveau paradigme et de nouvelles façons d’organiser la société sont inéluctables. Comme nous l’avons vu, des idées nouvelles surgissent et bourgeonnent tous azimuts pour imaginer des solutions menant au post-capitalisme.

Avec les robots, l’intelligence artificielle et les nouvelles avancées technologiques, le travail lui-même pourrait disparaître à terme ou changer profondément de nature pour permettre un nouvel épanouissement des humains (lire : Nous serons tous riches).

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[1] donc en monnaie constante (corrigée de l’inflation)

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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