Le temps des grands états

Dans les pays développés les opinions publiques sont conscientes qu’une approche planétaire est nécessaire pour traiter les problèmes globaux comme par exemple le réchauffement climatique, la sécurité ou l’immigration. Elles s’inquiètent néanmoins d’une mondialisation marchande qui profite surtout à une minorité et qui accroit les inégalités. Elles constatent également que le risque terroriste est toujours là et que le crime organisé des mafias de la drogue prospère par delà les frontières. Elles s’indignent enfin des paradis fiscaux qui profitent aux super-riches. Loin de souhaiter la disparition de l’Etat, les opinions publiques demandent au contraire à l’état de les protéger contre les excès du libéralisme et d’agir pour plus de sécurité et de justice.
Dans ce contexte, les états de grandes dimensions, mieux que les petits pays, peuvent davantage conserver une certaine souveraineté face à la pression externe de la mondialisation.


le monde en 2050 selon Worldmapper
(aires proportionnelles à la population)

De fait, les états qui connaissent aujourd’hui des croissances élevées sont des pays vastes où le pouvoir politique reste fort, qu’il soit démocratique ou non : Chine, Inde, Brésil pour les plus grands. Ces pays, qui se revendiquent comme Etat-Nation, englobent plusieurs peuples. Comme la France, ils ne sont pas des réalités ethniques mais des constructions politiques. Au 19ème siècle, la réussite et la prospérité de la République française s’est faite à partir d’un état fort qui a su faire partager ses valeurs et ses idéaux à des peuples parlant des langues différentes (bretons, basques, occitans, savoyards, alsaciens, etc.). Les Etats-Unis et les grandes nations montantes du monde actuel partagent ce point commun avec la France qui fut aussi une puissance mondiale en son temps.

La Chine rassemble vingt-trois provinces, quatre territoires municipaux (Pékin, Tianjin, Shanghai et Chongqing), cinq régions autonomes (Tibet, Mongolie intérieure, Guangxi, Ningxia, Xingjiang ) et deux régions administratives spéciales (Hong Kong et Macao). Le chinois n'est d’ailleurs pas une langue, c'est une écriture. C'est d'ailleurs cette écriture qui est le seul dénominateur commun : à coté du mandarin, langue principale et officielle, parlée à Pékin, 81 autres langues sont parlées en Chine. Pour les Ouigours du Xinjiang qui parlent le turcique et les Tibétains qui parlent le gyarong, le mandarin est une langue totalement étrangère.

L’Union indienne est constituée de vingt-neuf États et sept territoires. L’hindi écrit en devanagari est la langue officielle mais l’anglais y est une langue seconde et plus de 200 langues y sont recensées, certaines dont les langues dravidiennes n’ont aucun lien avec l’hindi.

La République fédérative du Brésil comporte 26 États et un district fédéral (Brasilia). Le portugais est la langue officielle du Brésil mais il existe 170 langues autochtones et une trentaine issues de l'immigration.

L’Indonésie est un pays relativement récent qui a accédé à l’indépendance en 1945. Il rassemble quelque 300 groupes ethniques répartis sur 13.466 îles que les colonisateurs hollandais avaient rassemblés sous le nom d’Indes néerlandaises. Selon les dernières prévisions de l’OCDE, l’Indonésie sera la 4ème rang économie du monde vers 2050 et sa population atteindra 322 millions d’habitants.

Dans un monde globalisé, l’union et la dimension sont des facteurs déterminants de la puissance. De même que les entreprises se regroupent par fusion ou acquisition, les petits pays sont appelés à s’unir pour continuer d’exister. Ce processus de concentration est en cours en Europe. D’autres parties du monde devraient suivre comme le montre les traités régionaux d’intégration économique tel le Mercosur[1] en Amérique du Sud ou l’ASEAN[2] en Asie du sud-est.

Les petits paradis fiscaux comme le Panama, les Bermudes ou Monaco sont condamnés à rentrer dans le rang et se fondre dans un ensemble plus vaste, tout comme la Suisse qui a normalisé ses rapports avec l’Union européenne. Seuls quelques micro-états ou cités autonomes pourraient subsister sur une base religieuse comme le Vatican et peut-être Jérusalem.
Les grands Etats ou Unions seront autant de grandes plaques politiques, en mouvement, et en contact les unes avec les autres, à l’image des plaques tectoniques de la planète. Chacune assurera sa cohérence interne et gèrera à la fois ses régionalismes et sa participation à l’équilibre de la planète. Les rivalités et les concurrences subsisteront néanmoins. Vers 2040-2050 lors de la fin de l’hégémonie américaine, un conflit armé entre les Etats-Unis et la Chine ne peut pas être exclu. Ce fut souvent le cas lors de l’émergence d’une nouvelle de puissance dominante. Les déclarations de l’amiral Harris incitant le sénat américain à se préparer à une guerre contre la Chine[3] et les tensions commerciales initiées par le protectionnisme du président Trump sont des signes avant-coureurs des difficultés à venir. Néanmoins, les flux d’échanges multiples (économiques, financiers, culturels, scientifiques, technologiques, médiatiques), les contre-pouvoirs des structures internationales, le système de valeurs qui s’impose peu à peu à l’espèce humaine dans son ensemble limiteront les dérives impériales des grands états. Les peuples échangeant de plus en plus, étant mieux éducqués et se connaissant de mieux en mieux, on peut nourrir l’espoir que le recours à la guerre n’apparaisse plus comme une solution aux problèmes qui pourraient se poser. La relative accalmie des conflits majeurs depuis 50 ans le laisse supposer. Enfin, avec un monde devenant multipolaire, aucun grands acteurs de devrait dominer seul la planète et une ébauche de gouvernance mondiale pourrait alors apparaître vers la fin du siècle.

Décès liés à la guerre dans le monde[4]
(en millions)

 

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[1] Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Paraguay, Pérou, Uruguay, Vénézuela
[2] Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Viêt Nam
[3] The Guardian, 16 février 2018
[4] Source des données : Peace Research Institute Oslo (PRIO)

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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