La planète est surexploitée

L'air, l’eau, la terre, les minéraux, le pétrole, le bois, le sable, la faune sauvage... Les ressources naturelles sont indispensables ou utiles aux humains mais elles ne sont pas inépuisables. Avec la croissance exponentielle de sa population et l’élévation progressive de son niveau de vie, l’espèce humaine ne se contente plus de l’usufruit que lui offre la nature, elle entame dangereusement son capital.

Selon le Global Footprint Network qui suit l’empreinte écologique et la capacité biologique naturelle de plus de 150 pays, la Terre est entrée en déficit écologique dans les années 1970. Depuis lors, chaque année, les prélèvements effectués par les êtres humains sur la nature ne permettent plus à la Terre de reconstituer ses stocks naturels. Ainsi l’humanité consomme actuellement 168% des ressources disponibles de la planète. Qui plus est, des écarts importants s’observent entre les pays et les continents. Par exemple si tous les habitants du monde se comportaient comme des Luxembourgeois, il ne faudrait pas moins de 7 planètes pour assurer leur train de vie. Si le monde était peuplé d’Américains ou de Canadiens, ils auraient besoin de 5 planètes. Dit autrement, un monde peuplé de Luxembourgeois aurait épuisé les ressources terrestres disponibles annuellement dès le 17 février et un monde peuplé de nord-américains aurait consommé son quota annuel dès la fin mars !

Pour mieux appréhender notre impact sur la planète, Friedrich Schmidt-Bleek, fondateur de l'Institut Wuppertal [1], a élaboré le concept de l'«apport matériel par unité de service», c'est-à-dire la quantité de ressources nécessaires pour fournir un service ou fabriquer un produit. « Prenez une voiture, par exemple, explique Friedrich Schmidt-Bleek. De nombreuses matières premières, issues de différents pays, doivent être mobilisées dans la nature, extraites, traitées, transportées et finalement transformées en milliers de différents composants nécessaires à la construction du véhicule. De la même manière, pour produire de l'énergie, vous devez utiliser des matériaux comme l'acier, le cuivre, le pétrole et le sable, même dans le cas de l'énergie solaire. À chaque étape de ce processus, qui débute dans la nature et aboutit au produit fini, des déchets sont produits ». C'est ce que Friedrich Schmidt-Bleek appelle « le sac à dos écologique ». Une voiture traine derrière elle un sac à dos écologique de 70 tonnes, une alliance en or de 5 gramme aura nécessité 2 tonnes de ressources naturelles, un ordinateur environ 1,5 tonne et un smartphone quelque 70 kg, soit 600 fois son propre.

Dans les prochaines décennies, la surexploitation de notre planète Terre devrait encore s’accentuer avec l’accroissement de la consommation dans les pays émergents très peuplés comme la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, etc. Le développement des échanges commerciaux et l’urbanisation croissante de la planète renforceront par ailleurs cette tendance de fond à la surexploitation des ressources naturelles. Pour un grand nombre de matières premières le pic de production sera atteint d’ici la fin du siècle. Face aux risques de pénuries, des adaptations importantes de nos modes de vie, de nos technologies et même de nos équilibres démographiques seront donc nécessaires.

 

Nombre de planètes Terre nécessaires à la population mondiale
si tous les terriens vivaient comme les habitants du pays pris en référence [2]

 

Nombre de planètes Terre nécessaires
Luxembourg 7,68
Australie 5,16
Canada 5,13
Etats-Unis 5,04
Koweit 4,82
Belgique 4,04
Finlande 3,95
Israël 3,49
Russie 3,35
Allemagne 3,20
Suisse 3,10
France 2,97
Royaume-Uni 2,96
Japon 2,92
talie 2,64
Espagne 2,36
Chine 2,11
Afrique du sud 1,98
Turquie 1,87
Brésil 1,80
Algérie 1,40
Indonésie 0,85
Sénégal 0,65
Inde 0,62
Haiti 0,37
   
Amérique du nord 5,05
Océanie 3,83
Europe 2,85
Amérique latine 1,61
Asie 1,36
Afrique 0,82
   
Monde 1,68
   

[1] L’institut Wuppertal pour le climat, l'environnement et l'énergie, a été créé en 1991. Situé en Allemagne, à Wuppertal (‎Rhénanie-du-Nord-Westphalie) et à Berlin, il est reconnu internationalement et emploie 200 personnes.
[2] Source : Global Footprint Network, organisation non gouvernementale créée en 2003, basée à Oakland en Californie et à Genève en Suisse pour sa branche européenne.

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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