La fin des hydrocarbures

plateforme pétrolière

Les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon) ont mis plusieurs centaines de millions d’années pour se former à partir des débris des êtres vivants dont la matière organique s’est transforme peu à peu en énergie fossile. Les gisements les plus anciens datent de 500 millions d’années et les plus récents de quelque 20 millions d’années. Des gisements se sont formés à presque touts les époques géologiques : à l’ère primaire (par exemple en Algérie, il y a 400 millions d’année), à l’ère secondaire (par exemple en Russie, il y a 200 millions d’années) ou à l’ère tertiaire (par exemple aux Etats-Unis, il y a 50 millions d’années). Les hydrocarbures de par leur origine ne sont présents que dans la croute superficielle de la terre et, contrairement aux métaux, ils ne sont donc pas présents dans les couches internes du manteau terrestre.
Les hydrocarbures fournissent encore à l’heure actuelle 81% de l’énergie consommée dans le monde se répartissant comme suit : pétrole (32%), charbon (28%) et gaz naturel (21%). Le reste de l’énergie nécessaire provient de la biomasse [1] (10%), du nucléaire (5%), de l’hydroélectricité (2,5%) et de diverses sources (1,5%) : solaire, éolien, géothermie, marémotrice…
L’offre annuelle mondiale des diverses sources d’énergie primaires est d’environ 14 milliards de tonnes d’équivalent pétrole. Elle a doublé durant les 30 dernières années et devrait connaître un nouveau doublement d’ici 2050 compte-tenu de l’explosion démographique et de la demande prévisible des pays émergents.
Au rythme actuel de la croissance de la consommation, les experts reconnus semblent d’accord pour estimer que le pétrole et le gaz de la Terre devraient être épuisés entre 2050 et 2080, le charbon comme l’uranium devraient l’être dans le courant du prochain siècle.

Ces estimations restent toutefois très approximatives et sont à prendre avec beaucoup de précautions. D’une part les réserves connues ne le sont pas très précisément, notamment pour les hydrocarbures dits non-conventionnels comme le pétrole et le gaz de schiste. D’autre part la technologie évolue : dans le futur elle peut permettre de découvrir de nouveaux gisements encore insoupçonnés et surtout elle peut rendre exploitables, techniquement et économiquement des ressources qui pour l’instant ne sont pas comptabilisées. La seule certitude est que les ressources d’hydrocarbure terrestres ne sont pas infinies et qu’il faudra bien un jour s’en passer.

Tout laisse d’ailleurs à penser que ce jour arrivera sans doute plus vite que prévu pour des raisons politiques et économiques avant même l’épuisement physique des stocks.

Les hydrocarbures sont en effet d’excellentes sources d’énergie mais leur combustion présente le gros inconvénient de générer du CO2 et donc de contribuer au réchauffement climatique. L’opinion publique s’en émeut et des pressions de plus en plus fortes s’exercent sur les décideurs politiques et économiques pour engager une transition énergétique vers les énergies renouvelables.

Par exemple, l’industrie pétrolière prévoyait l’exploration et l’exploitation des gisements au-delà du cercle polaire au voisinage des îles Lofoten au nord de la Norvège. Pour faire interdire ces projets calamiteux pour l’environnement, 220 organisations issues de 55 pays, profitant d’un congrès réunissant des experts, des universitaires et des chercheurs du monde entier, ont signé une déclaration visant à contraindre les industriels à respecter les objectifs en faveur du climat. Dans l’esprit de cette « déclaration Lofoten » et à l’occasion du sommet sur le climat tenu à Paris en 2017, près d’une cenraine d’économistes éminents de vingt pays différents, dont Jeffrey Sachs [2] et James Galbraith [3], ont ainsi signé un appel aux dirigeants de la planète leur demandant l’arrêt immédiat des investissements dans les énergies fossiles et la mobilisation de tous les moyens disponibles pour investir massivement dans les énergies renouvelables. Certains gouvernements dont celui de la France ont déjà annoncé qu’ils suivraient les recommandations de cet appel, résumé par le slogan : « pas un euro de plus pour les énergies du passé ». Plusieurs grandes entreprises n’ont d’ailleurs pas attendu pour aller dans ce sens car deux phénomènes concomitants les y incitent.

D’une part, on constate l’irrésistible développement l’électricité dans la plupart des usages. Après le ferroviaire, ce sont les voitures et les autres modes de transports qui s’apprêtent à passer à l’électricité. La plupart des appareils domestiques fonctionnent aujourd’hui à l’électricité. L’éclairage électrique accompagne le développement des mégalopoles. La digitalisation des procédés industriels favorise le recours aux moteurs électriques comme force motrice principale dans les usines. Même les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont électro-dépendantes.

D’autre part les gains de productivité et d’efficacité observés ces derniers temps dans les secteurs du solaire et de l’éolien amène les énergies renouvelables à un niveau de compétitivité supérieur à ceux des énergies fossiles pour la production d’électricité. Le solaire est déjà plus économique que le charbon en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Australie et aux Etats-Unis. Avec l’éolien, il s’imposera rapidement partout ailleurs dans le monde avec les investissements colossaux annoncés dans ces domaines par les acteurs de l’énergie. Selon le groupe Bloomberg, spécialisé dans l'information économique et financière, 72% des 10,2 milliards de dollars d’investissement prévus d’ici 2040 pour créer de nouvelles capacité de production d’électricité concerneront des unités solaires photovoltaïques ou des parcs d’éoliennes [4]. Parallèlement les progrès techniques sur les batteries et les accumulateurs renforceront l’attrait pour les énergies renouvelables : à l’horizon 2040, le taux de pénétration des énergie renouvelable atteindra 74% en Allemagne, 55% en Chine, 49% en Inde mais seulement de 38% aux Etats-Unis.

Vers 2050, les hydrocarbures seront donc encore présents mais plus pour très longtemps sauf peut-être aux Etats-Unis. La Chine qui sera devenu le plus gros consommateur d’énergie continuera d’utiliser le charbon pour encore 30% de ses besoins mais elle aura multiplié par 8 ses capacités dans les énergies renouvelables et continuera dans cette voie. L’Inde, qui connaîtra la plus forte croissance de la planète pour ses besoins en énergie, devra elle aussi encore compter sur le charbon mais elle suivra rapidement le processus chinois vers les énergies renouvelables.

Les énergies renouvelables, du fait des progrès technologiques et par des effets d’échelle induits par leur développement, deviendront donc l’option la plus économique dans les prochaines décennies. Les hydrocarbures fossiles seront alors réservés aux usages non énergétiques (plastiques, chimie, etc.) et le problème de leur épuisement ne se posera plus de façon aussi pressante.

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[1] bois, déchets et ordures ménagères, combustibles d’origine animale
[2] Jeffrey Sachs dirige et enseigne à l'Institut de la Terre de l'université Columbia (New York). Il est également conseiller spécial de l’ONU
[3] Dîplomé d’Harvard, Yale et Cambridge, James Galbraith est professeur d’économie à l’Université du texas à Austin
[4] Bloomberg, - Rapport annuel « New Energy Outlook 2017 »

 

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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