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Couveerture du livre L'avenir en perspective de Jacques Carles et michel Granger

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Exploitation des mers : limite atteinte

 peche thon

La consommation de poisson et autres animaux aquatiques de cesse d’augmenter de par le monde. Alors qu’elle n’était encore que de 7 kg par personne en 1950, elle dépasse à présent les 20 kg par personne. Ces moyennes masquent néanmoins des différences importantes d’un pays à l’autre, selon son degré de développement ou sa culture.

Consommation de poisson [1]

 


Kg/habitant

Corée 64
Norvège 55
Japon 49
Chine 47
USA 25
Union Européenne 24
Egypte 23
Canada 22
Russie 21
Brésil 13
Nigéria 12
Inde 7
Argentine 4

Monde

  22

Pour suivre cette croissance de la consommation individuelle et celle de la population, les productions halieutiques et aquacoles mondiales ont donc considérablement augmenté : de 18 millions de tonnes en 1950 elle dépassera les 200 millions de tonnes d’ici 2030. Par ailleurs la culture de plantes aquatiques, algues marines pour l’essentiel, progresse également : environ 30 millions de tonnes sont produites dans une cinquantaine de pays.

A partir des années 1970, la part de l’aquaculture n’a cessé d’augmenter. En 2014, une étape important a été franchie : pour la première fois la contribution de l’aquaculture a dépassé celle de la pêche. Ce fort développement de l’aquaculture a permis de stabiliser la pêche de capture aux environs de 90 millions de tonnes à partir des années 1990 malgré l’impressionnante augmentation de la demande de poisson. La Chine, grosse consommatrice de poisson, a joué un rôle moteur dans cette évolution en étant à l’origine de plus de 60 pour cent de la production aquacole mondiale. Parmi les autres grands pays aquacoles figurent l’Inde, le Viet Nam, la Norvège, le Bangladesh et l’Égypte.

Sur les quelque 90 millions de tonnes de poissons issus de la pêche, 90% proviennent de la pêche en mer, 10% correspondent à la pêche continentale en eau douce. S’agissant de la pêche en mer, la Chine est restée le principal producteur, devant l’Indonésie, les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie.

Productions halieutiques et aquacoles mondiales [2]

Bien que peu ou prou stabilisée, la pêche reste à un niveau trop élevé pour maintenir durablement la ressource. En quelques dizaines d’années, la capacité de la flotte européenne a triplé et celle de la flotte asiatique a été multipliée par quinze. Selon la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, un tiers des stocks de poissons sont exploités à un niveau biologiquement non durable, c’est-à-dire surexploités. Autrement dit une espèce de poisson sur trois est menacée d’extinction. 7 % des espèces marines ont déjà disparu depuis 1950. Par ailleurs près de 60% des stocks de poissons sont à leur maximum d’exploitation c’est-à-dire qu’ils parviennent tout juste à se renouveler. Cette surpêche pour nourrir une population humaine croissante n’est donc pas sans conséquence sur la biodiversité marine. Un tiers des 600 espèces pêchées dans le monde sont ainsi en danger. C’est le cas de la morue (cabillaud) qui a quasiment disparue des eaux de Terre-Neuve et qui suit le même chemin en Europe dans la mer du nord, du saumon sauvage, de la raie tachetée, du colin, de l’églefin, du thon rouge, du requin et des poissons de grands fonds comme le flétan, le grenadier ou encore l’empereur qui a déjà quasiment déserté l’Atlantique nord-est alors que sa capture à une échelle commerciale ne remonte qu’aux années 1980. Seuls environ 10% des stocks de poissons sont sous-exploités et ce chiffre baisse d’année en année.

La situation est particulièrement alarmante dans certaines zones comme la Méditerranée et la mer Noire où les captures y ont chuté d’un tiers en 10 ans, principalement du fait de la réduction des prises de petits pélagiques comme l’anchois et la sardine, même si la plupart des autres groupes d’espèces sont également touchés. Ailleurs dans certaines régions océaniques, à 100 ou 200 mètres de profondeur, sur le plateau continental il ne reste parfois plus que 1% à 2% des stocks d’antan et les zones mortes ont quasiment doublé chaque décennie depuis 1960.  L’une des plus importantes, située dans le Golfe de Mexico, occupe une surface équivalente au Connecticut.

Le réchauffement climatique pourrait bien accélérer le phénomène en réduisant la quantité d’oxygène dissout dans l’eau en dessous d’un minimum vital pour les poisson (hypoxie). Depuis le début de ce siècle, les zones marines désertiques, sans algues ni poissons, ont augmenté de 15%. Dans d’autres zones le réchauffement provoque la remontée de nutriments du fonds des océans et favorisent la prolifération du phytoplancton dans des proportions telles que le phénomène finit par asphyxier les endroits où il se produit. Enfin le réchauffement climatique est à l’origine de l’acidification des eaux qui concoure à la disparition des coraux.

La surpêche et le réchauffement climatique ne sont pas les seuls à mettre en péril les poissons. Les déchets plastiques provenant des terres ou des navires sont transporté par les vents sur les mers et les océans jusqu’à former des îles de plastiques flottants. Une de ces iles plastiques, dans le Pacifique nord, est aussi grande que la France. Ces morceaux de plastique finissent par être happés par les gigantesques tourbillons d'eau océanique que sont les gyres où ils sont réduits en minuscules fragments. Ces microparticules, brassées par les courants marins, vont alors polluer toutes les mers du globe mettant en danger la faune marine. Une étude[3] d’une équipe de scientifiques américains a pu estimer à plus de 5.000 milliards le nombre de ces particules plastiques dispersées dans toutes les mers du globe pour une masse totale de plus de 250.000 tonnes.

À cela se rajoute la menace environnementale qui pèse sur la faune des eaux douces continentales (mers fermées, lacs, fleuves) comme l’illustre le cas du lac Tchad dont la superficie a largement diminué ces dernières années.

Enfin, l'aquaculture, qui permet de limiter la surpêche, n’est pas, elle aussi, sans conséquence sur l’environnement : les effluents des fermes aquacoles sont souvent très polluants et l’utilisation croissante d’antibiotiques ou d’autres médicaments peuvent se retrouver dans le milieu naturel.

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[1] Source des données : FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) - Département des pêches et de l'aquaculture - Prévision 2025
[2] Source des données : FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) - Département des pêches et de l'aquaculture
[3] Marcus Eriksen (Five Gyres Institute, Los Angeles, USA) et al. - Plastic Pollution in the World's Oceans - Plos One, December 10, 2014

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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