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Couveerture du livre L'avenir en perspective de Jacques Carles et michel Granger

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De la viande d’élevage à la viande de culture

Viande cultivée
(source : culturedbeef.org)

Sur la base des tendances actuelles, la FAO prévoit que 110 milliards d’animaux devraient être abattus chaque année aux environ de 2050 contre actuellement 60 milliards d’animaux tués chaque année.
Ce scénario n’est cependant pas le plus probable. En occident, de nombreuses associations de végétariens ou de défense de la cause animale militent pour la réduction de la consommation de viande, d’autres, comme L214 en France, dénonce la maltraitance faite aux animaux lors de l’abatage et prépare les esprits à l’abandon de la viande comme source de protéines pour l’alimentation humaine. La hausse inévitable du prix de la viande accélèrera le phénomène et incitera de plus en plus de consommateurs a adopté un mode de vie végétarien voire vegan. De fait dans plusieurs pays occidentaux, la consommation de viande par habitant a déjà tendance à diminuer ces dernières années.
L'inversion de la répartition entre origines animale et végétale des apports en protéines est amorcée.

Evolution de la répartition des protéines dans l’alimentation en France[1]

 

  2010

2050
viandes et abats 29% 16%
poissons et crustacés 9% 2%
oeufs 4% 4%
lait 21% 13%
protéines végétales 37% 65%
     

Une alternative à la viande d’élevage d’animaux pourrait également venir de la « viande cultivée » appelée aussi viande in vitro. Il ne s’agit pas succédané de viande comme le steak de soja mais bien de vraie viande obtenue par des techniques d'ingénierie tissulaire à partir de cellules souches de muscle prélevées sur l’animal. Soutenu financièrement par le cofondateur de Google, Sergey Brin, un chercheur néerlandais, Mark Post, est ainsi parvenu à produire un hamburger à partir d’une culture de cellules de muscle de vache à laquelle il ajoutait de la chapelure, du sel, de la poudre d’œuf ainsi que du jus de betterave et du safran pour donner la couleur d’une belle viande rouge. Le prix de revient de ce premier burger, 250.000 €, est encore prohibitif mais nul doute que des progrès rapides seront possibles pour l’amener au niveau du seuil de rentabilité.


D’ailleurs la concurrence s’annonce déjà. En Israël pays qui compte la communauté vegan la plus importante du monde après l’Inde, SuperMeat, une jeune start-up, financée via le fonds participatif Indiegogo, a pour objectif la production d’une viande poulet cultivée à partir de cellules animales. Koby Barak, co-fondateur de l’entreprise, lui-même vegan et défenseur de la cause animale, déclarait récemment au journal israélien Haaretz que l’objectif était de parvenir à la commercialisation dès 2021 de « poitrine » de poulet, viande la plus consommée dans le monde après le porc. Le prix de cette viande artificielle de poulet pourrait osciller entre 1 et 5 euros le kilo. Le pari semble crédible quand on sait que l’entreprise a pour responsable scientifique Yaakov Nahmias, un professeur à l’Université de Jérusalem de réputation internationale dans le domaine de la bio-ingénierie et de la culture de tissu cellulaire. Le professeur Nahmias qui a obtenu son doctorat à l’Université du Minnesota aux Etats-Unis fut aussi un chercheur émérite à la Harvard Medical School avant de rejoindre Israël. Il est également membre associé du Conseil Européen de la recherche et consultant de grandes sociétés internationales comme L’Oréal.

La viande cultivée sera-t-elle pour autant dans nos assiettes ? Dans les pays de gastronomie comme la France où manger est un acte culturel et convivial, cela se fera très progressivement et sans doute indirectement. Les usines à viande ne viendront qu’en complément de l’élevage des animaux domestiques. La fin des fermes aux 1000 vaches et des batteries de poulets aux hormones n’est pas pour tout de suite. Le steak de bœuf ou la poitrine de poulet de culture cellulaire ne sont encore que des amas de cellules. Il leur manque les autres éléments qui en font une viande goûteuse et agréable à consommer : la texture de la viande naturelle, un peu de gras bien réparti, des stries innervées, etc.

Par contre leur incorporation dans les plats cuisinés ne pose guère de problème et nul doute que les grands chefs de notre cuisine moderne ne trouvent les moyens pour accommoder la viande de culture et la transformer en mets délicieux.

Outre qu’elle est une réponse à sécurité alimentaire, la viande de culture présente de nombreux atout au plan écologique. Comparée à la viande d’élevage, la viande in vitro ne produit pas de gaz à effet de serre, elle a un faible impact carbone et nécessite beaucoup moins de ressources rares : pas de surface arable, pas d’engrais, pas de désherbants ou de produits phytosanitaire, peu d’eau, peu d’énergie, etc.,

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[1] Solagro. « Afterres2050 : changer notre modèle agricole et alimentaire » Octobre 2015

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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