Homo sapiens : enfin !

 

La nature humaine est l’ensemble des éléments, biologiques ou comportementaux, qui sont commun aux hommes. Cette nature humaine n’est donc pas uniquement inscrite dans les gènes. Elle dépend également de son contexte environnemental et sociétal. Les interactions entre l’inné et l’acquis sont telles, en ce début du 21ème siècle, que l’on voit d’abord les différences entre les hommes avant de voir leurs traits communs. Pourtant les forces de convergence sont à l’œuvre.

L’influence du milieu sur la nature humaine est présente dès la fécondation et avant même la naissance[1]. Les chercheurs du Fels Institute for Human Growth ont ainsi pu montré qu’une mère souffrant de troubles affectifs provoquait une hyperactivité du fœtus. Ce dernier est en effet sensible aux vibrations donc aux échanges sonores et aux cris, il échange avec sa mère les molécules que peuvent générer le stress, la colère ou l’angoisse. Quand cette situation perdure dans les derniers mois de sa grossesse, la mère met généralement au monde un enfant irritable, agité : « un névropathe dès sa naissance, par suite d'un développement fœtal dans un milieu défavorable ». Lorsqu’un fœtus naît, ses dispositions à devenir humain ont déjà été influencées par l’environnement qu’il a connu dans le ventre de sa mère.

Après sa naissance, c’est encore son milieu, en général sa famille, qui apprendra au petit être humain à marcher, à parler, à écrire, à développer son sens de l’entraide ou celui de la compétition, etc. Il est dans la nature humaine de pouvoir parler, pas de s’exprimer en anglais ou en chinois. Il est dans la nature humaine d’être capable d’inventer et de manipuler des symboles, pas d’écrire en cyrillique ou de compter en chiffres arabes ou en chiffres romains. Il est dans la nature humaine d’être agile de ses mains, pas de manger avec des baguettes ou avec une fourchette.

Les résultats des recherches des sociologues et des psychologues vont tous dans le même sens, l’homme ne nait pas haineux, cupide, orgueilleux, retors, raciste, etc. Ces comportements négatifs ne sont pas instinctifs chez l’enfant, c’est l’environnement dans lequel il baigne qui l’amène éventuellement à les développer. En particulier, contrairement à une idée très répandue, l’agressivité n’est pas innée chez l’être humain. Le jeune enfant aspire naturellement à être aimé et à aimer en retour, lorsqu’il devient agressif c’est simplement sa façon de signaler qu’on ne répond pas à ses attentes (faim, soif, fatigue, envie de jouer…). L’enfant n’est pas belliqueux par nature mais il peut le devenir sous l’influence de son milieu.

La priorité pour améliorer la nature humaine n’est donc pas de manipuler les gènes de l’homme pour modifier son patrimoine biologique. Elle est de faire en sorte que son héritage social soit bénéfique pour l’ensemble de la communauté humaine.

Nietzsche nous avait prévenu : « L’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme ». L’homme est proche d’être techniquement capable de modifier sa propre essence et de créer des êtres mécaniques doués d’intelligence artificielle égale ou supérieure à la sienne voire d’une certaine forme de conscience. Il a cependant pris la mesure du danger qui le guette et remis l’éthique au centre des débats scientifiques et bientôt politiques au sens étymologique du terme. Il ne fait guère de doute que l’homme résistera à jouer les apprentis sorciers.

La nature humaine n’est cependant pas figée. Elle continuera d’évoluer dans sa composante sociale selon l’environnement que se créera l’humanité. L’histoire abonde d’exemples qui montrent que le propre de l’homme est justement sa capacité à s’adapter, à apprendre, à inventer, à créer, à faire évoluer ses comportements et ses habitudes. Dans le scénario que nous proposons, rien ne s’oppose à ce qu’Homo sapiens ne finisse par mériter son nom. Cet homme sage ne sera pas loin de savoir qui il est et d’où il vient. Il lui restera encore à savoir où il va.

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[1] M. F. Ashley Montagu - Evolution de notre conception de la nature humaine - Sciences et société, volume III n°4 (1952)

 

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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