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Couveerture du livre L'avenir en perspective de Jacques Carles et michel Granger

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L’enseignement supérieur se mondialise

Avec l’effondrement de l’union soviétique et la fin de la guerre froide, le contexte politique mondial a changé. Les idées libérales se sont imposées sur tous les continents. Les échanges économiques et culturels se sont considérablement multipliés. La Chine communiste est devenue le premier pays capitaliste du monde. L’Inde et nombre de pays émergents ont commencé de prendre leur place dans le concert des nations.
Les étudiants sont de plus en plus demandeurs de formations internationales. Chaque année, ils sont environ 5 millions dans le monde à partir à l’étranger pour suivre un cursus universitaire, près de trois fois plus qu’il y a 20 ans [1]. L’internationalisation de ces élites et le processus parallèle de mondialisation de l’enseignement supérieur influencent à présent l’humanité dans son ensemble.

Les étudiants européens sont les plus ouverts sur le monde : ils sont près d’un million chaque année à étudier à l’étranger, l’Allemagne et la France fournissant les plus gros bataillons. Après les Européens ce sont les étudiants Chinois qui sont les plus mobiles : quelque 900.000 d’entre eux sont inscrits dans une université étrangère. Avec près de 300.000 de ses ressortissants partant étudier à l’étranger, l’Inde arrive en 4ème position. Les étudiants des Etats-Unis, de Grande-Bretagne ou de Russie sont par contre peu mobiles : ils ne sont que quelques dizaines de milliers à quitter le sol natal pour leurs études supérieures ce qui est peu en proportion de leur population. Au Moyen-Orient, les flux importants d’étudiants partant étudier à l’étranger annoncent d’autres évolutions à venir. L’Iran envoie 50.000 étudiants à l’étranger, davantage que la Grande-Bretagne et quasiment autant que la Russie. Plus de 80.000 jeunes venant d’Arabie Saoudite étudient à l’étranger soit davantage que les jeunes des Etats-Unis d’Amérique (70.000). Pour les pays émergents, l’envoi d’étudiants vise à acquérir les savoirs nécessaires au développement du pays d’origine et permet à leur retour la mise en place de structures d’enseignement et de recherche de classe mondiale.

Coté accueil, les pays anglo-saxons attirent toujours le plus grand nombre de ceux qui ont quitté provisoirement leur territoire national dans le but de poursuivre leurs études à l’étranger. Ils sont plus de 900.000 à choisir les Etats-Unis comme destination, plus de 400.000 vont au Royaume Uni et plus de 300.000 en Australie. La domination actuelle de l’anglais comme langue internationale explique en partie cet attrait pour les pays anglo-saxons.

Avec près de 250.000 étudiants étrangers sur son sol, la France occupe la première place des pays non anglophones. La moitié des étudiants étrangers en France viennent d’Afrique et leur nombre reste stable. Par contre le contingent asiatique s’étoffe et représente à présent quelque 60.000 étudiants, autant que les étrangers européens qui étudient en France.

La France perd néanmoins peu à peu du terrain en valeur relative. Elle est à présent talonnée par la Russie dont l’attractivité est en forte croissance, notamment auprès des jeunes des pays de l’ancienne union soviétique. Vient ensuite le Canada, une terre attractive pour les études supérieures, qui est en passe d’attirer chaque année pas loin de 200.000 étudiants étrangers. Enfin la Chine monte rapidement en puissance : elle accueille environ 150.000 étudiants étrangers  séduits par les nouvelles universités de classe mondiale financées par le régime. A signaler le cas de l’Arabie Saoudite qui connaît, au Moyen-Orient, la plus forte croissance la population étudiante d’origine étrangère : ils sont aujourd’hui 80.000 à Ryad à bénéficier pour la plupart de bourses islamistes. A plus petite échelle, pratiquement tous les pays accueillent à présent des étudiants internationaux. Un petit mais dynamique pays comme le Sénégal accueille ainsi plus de 10.000 étudiants étrangers.

Les universités utilisent de plus en plus les nouvelles technologies pour dispenser leur enseignement en ligne. Elles ne cessent d’innover pour le rendre attractif, interactif et performant. Cela leur permet de réduire leurs coûts d’infrastructures et de faire des économies d’échelle en répartissant les frais fixes sur un plus grand nombre d’étudiants. L’enseignement à distance leur permet en outre d’accroître leur influence et leur rayonnement à l’international. Dans ce domaine, les pays asiatiques font à présent jeu égal avec les grandes universités américaines et européennes.

Peu à peu l’internationalisation, c’est-à-dire l’échange et la communication entre les pays, se transforme en une mondialisation qui tend à imposer un modèle unique universellement reconnu, transnational et transculturel. Certains diplômes comme les MBA et les Ph.D deviennent de fait des diplômes mondiaux.

Dans ce système global qui s’instaure, la convergence des enseignements supérieurs crée un contexte concurrentiel au niveau mondial. Les professeurs ne sont plus les évaluateurs de la qualité de la formation mais des prestataires de services. Des classements mondiaux hiérarchisent à leur place les établissements selon des critères d’efficacité normalisés qui tiennent compte de résultats observables sur les résultats et les acquis des étudiants davantage que sur le contenu ou le niveau des études. Dans ces classements, les facteurs économiques sont omniprésents et sous-jacents à l’esprit qui prévaut aux évaluations.

L’anglais reste encore la langue dominante de l’enseignement mondialisé. Les manuels des grandes universités américaines s’imposent comme des références. La plupart des écoles de haut niveau de par le monde ont des enseignements magistraux bilingues anglais et langue nationale. En Chine, le Ministère de l’éducation préconise de dispenser environ 10% des cours en anglais dans les domaines des sciences, du droit et du commerce international mais il soutient également les programmes qui visent à promouvoir l’enseignement supérieur en chinois à l’étranger. Cela vaut pour les pays où la diaspora et la culture chinoise sont déjà bien présents (Singapour, Corée, Indonésie) mais aussi pour les pays occidentaux (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne) avec des cours qui ne se limitent pas à l’études du chinois mais traitent de commerce international, de gestion et d’ingénierie.

L’enseignement supérieur français, notamment privé, est également très actif sur la scène internationale. De nombreuses écoles et institutions ont compris que le monde avait changé et qu’il y avait urgence à établir des liens et une présence hors de France.

Pour l’école Polytechnique, première école d’ingénieur de France, l’intérêt pour l’international ne date pas d’hier : dès 1798, l’école accueillait ses premiers élèves étranger et aujourd’hui encore elle attire des étudiants du monde entier dans ses programmes de formation (Ingénieur, Master et Doctorat). Dans l’autre sens, chaque année, plus de 150 élèves ingénieurs de l’École sont admis dans les meilleures formations aux États-Unis telles que : Stanford, Berkeley, CalTech, Princeton, MIT, Columbia, Harvard, et en Europe avec Cambridge, Oxford, Imperial College, Technische Universität München, École Polytechnique Fédérale de Lausanne, ou encore KTH à Stockholm. Près de 85% des étudiants de l’École polytechnique  partent  chaque année à l’étranger, en stage ou en formation diplômante. Les élèves sont également encouragés à réaliser une mobilité dans les grands pays émergents, comme le Brésil ou la Chine.

L’École polytechnique (en partenariat avec trois autres écoles de ParisTech : Telecom, Mines et ENSTA) a ouvert une formation d’ingénieurs en Chine avec l’Université de Shanghai Jiao Tong : SJTU-ParisTech Engineering Institute of Technology (SPEIT). Cette formation d’excellence est basée sur un cycle de formation en 6 ans en français, incluant certains cours en anglais et en chinois. Parallèlement, des accords ont été signés avec l’Université de Shanghai Jiao Tong pour des doubles diplômes en Masters (Mécanique, Acoustique, Ingénierie maritime) et en doctorat. L’École polytechnique est par ailleurs partenaire, avec Science Po Paris et l’Université de la Sorbonne (Paris I), du Programme Alliance avec l’Université de Columbia (NY). Elle a aussi conclu un accord de double diplôme au niveau Master avec le California Institute of Technology dans les domaines de l’aéronautique.

HEC, l’école des Hautes Etudes Commerciales de Paris a également tissé des liens académiques avec les grandes universités et institutions du monde entier. Comme polytechnique et bien d’autres, elle offre aussi à ses étudiants l’opportunité d’acquérir des doubles diplômes et un très grand nombre de possibilités d’internationaliser leur cursus par une expérience de mobilité à l’étranger. Elle a elle-même mis en place des programmes internationaux d’échange et de formation.

Les écoles parisiennes ne sont pas les seules à faire preuve de dynamisme.. Les écoles d’enseignement supérieur de province sont également très actives. Grenoble-EM, l’école de management crée à Grenoble en 1984, a par exemple, ouvert des campus à Londres, Moscou, Berlin, Casablanca, Los Angeles, Singapour et encore à Tbilissi en Georgie. Sur chacun de ces sites, l’Ecole dispense ses formations en partenariat avec une université locale. Son offre de formation touche 3000 étudiants de 134 nationalités différentes et elle a tissé des liens de coopération avec 6 université de réputation internationale (Beihang à Pékin, Columbia et Pace à New-York, Cambrigde au Royaume-Uni, Simon Fraser et Mc Gill au Canada). A Casablanca, avec l’ESCA, la 1ère Ecole de Management au Maroc, Grenoble-EM a créé l’Institut Euro-Africain de Management (INSEAM) pour répondre aux besoins de l’économie africaine en pleine croissance.

Pour finir, mentionnons les quelques 1700 universités d’entreprises multinationales (« Corporate Universities) qui, sans être exactement des lieux d’enseignement, contribuent à créer des visions communes à l’échelle planétaire autour des méthodes et des valeurs des entreprises qu’elles servent.

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[1]
Source : ISU (Institut de statistique de l'UNESCO)

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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