Raz-de-marée de la voiture électrique

 

En 2050, quelque 6 milliards de terriens, soit les deux-tiers de la population planétaire, vivront en ville. La nécessité de préserver la qualité de l’air en zone urbaine conduira au bannissement des véhicules utilisant les carburants fossiles. L’électrification du parc automobile s’imposera.
Aujourd’hui tous les constructeurs automobiles l’ont compris et ceux qui rateront cette révolution disparaitront. Les grands acteurs du marché offrent ainsi un choix de plus en plus varié de modèles électriques. Certains ont même opté pour une stratégie totalement « verte » : 100% des nouveaux modèles de Volvo, racheté par le chinois Geely, sont hybrides ou électriques. D’autres créent de nouvelles filiales spécialisées dans les véhicules « propres »» comme le géant allemand, Daimler, fabricant des Mercedes et la Smart, qui lance une gamme complète de voitures « zéro émission »  sous sa nouvelle marque EQ. Enfin de nouveaux entrants, uniquement dédiés aux véhicules électriques, comme l’américain Tesla ou le chinois Byton bousculent les acteurs établis du marché.

Le mouvement est encouragé par ailleurs, sur tous les continents, par les pouvoirs publics qui prennent des mesures fiscales incitatives pour l’acquisition de véhicules électriques et qui, au plan régional ou municipal, donnent l’exemple avec le passage à l’électricité des flottes locales : bus, police, collecte des déchets, etc.
Grâce à une telle politique volontariste, la Norvège est ainsi devenu en 2017 le premier pays au monde où les voitures neuves électriques et hybrides ont franchi la barre symbolique de 50 % des ventes totales. La voiture électrique y détient à présent près de 30% de part de marché. En Suède, la voiture électrique approche les 10% du marché tout comme aux Pays-Bas où l’interdiction définitive des véhicules thermiques (diesel, essence et GPL) sera effective en 2035. En France, en Grande-Bretagne, en Chine, aux USA ou ailleurs dans le monde, la voiture électrique ne détient encore que 1 à 2 % du marché mais les taux de progression dans certains pays, sont spectaculaires. L’essor des véhicules électrique ne peut par ailleurs qu’être accéléré par les récentes décisions de suivre l’exemple néerlandais prises par plusieurs pays comme la Chine ou l’Inde et par de nombreuses grandes villes : Paris, Madrid, Oslo, Athènes, Mexico…

Selon le groupe de travail mis en place sous l’égide des Nations-Unies et de l’Agence Internationale de l’Energie [1], le nombre de voitures électriques dans le monde pourrait atteindre 100 millions en 2030 avec un objectif de 2 milliards de véhicules électriques en 2050. Le taux de pénétration de la voiture électrique en moyenne mondiale sera alors entre 65% et 90% selon les hypothèses retenues par les différents experts.

La Chine dont on connaît les problèmes de pollution de l’air dans les villes est particulièrement en pointe dans l’électrification de son parc automobile et va s’imposer comme le leader de la transition.

Près de la moitié des voitures électriques fabriquées dans le monde sont vendues en Chine. Son parc automobile électrique dépasse à présent celui des Etats-Unis [2] sans compter les 200 millions de deux-roues et les 300.000 bus électriques. A l’échelle chinoise, les véhicules électriques restent encore marginaux mais la révolution électrique est lancée à grande vitesse. Selon le cabinet Goldman Sachs, la Chine devrait absorber plus de 60% des ventes mondiales d’ici 2030 et pour la plupart des observateurs la Chine devrait avoir terminé son basculement vers le tout électrique avant 2050 et s’imposer comme la superpuissance des mobilités du futur.

Pékin installe déjà en prévision de cette évolution des centaines de milliers de bornes de rechargement sur l’ensemble du territoire chinois.

Les investissements massifs dans les unités de production et les économies d’échelle font baisser les coûts des véhicules et des batteries ce qui accélèrent encore un peu plus le mouvement. Général Motors propose ainsi sur le marché chinois une petite citadine biplace à 5000 euros et Renault affiche un prix inférieur à 8000 euros pour une berline électrique à 4/5 places.

Aidés par leur gouvernement, les nouveaux constructeurs chinois dont les noms sont encore inconnus des occidentaux (Nio, Byton, BAIC [3] ) arrivent également sur le marché. Ils y concurrencent sans complexe Tesla, Nissan, Renault et les autres pionniers historiques de l’électrique, y compris sur les modèles haut de gamme. La Nio EP9, deux fois moins chère que la Tesla Roadster 2020, atteint les 200 km/h en 7 secondes et peut ensuite rouler pendant plus de 400 kilomètres, avec des pointes à 300 km/h. Le SUV de Byton, en cours de développement, pourra fonctionner en mode de conduite autonome. Il combine déjà reconnaissance vocale, contrôle tactile et identification par reconnaissance faciale du chauffeur et des passagers pour contrôler le verrouillage des portières et activer des réglages personnalisés.

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[1] Global Fuel Economy Initiative (GFEI) Working Paper n° 16 . L’Initiative mondiale pour les économies de carburant (GFEI)
[2] International Energy Agency (IEA) : Global EV Outlook 2017
[3] BAIC (Beijing Automotive Industry Holding Co) est une compagnie nationale propriété de l’état chinois.

A propos

Animé par Jacques Carles et Michel Granger, tous deux ingénieurs et « Philosophiae Doctor » de l’Université de Montréal, ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.


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