Abonnement Infolettre gratuit

L'homme et le réchauffement climatique

Gerd Altmann (Pixabay)

Pour la plupart des scientifiques les activités humaines accélèrent et accroissent le dérèglement climatique car elles sont à l'origine de l’augmentation dans l’atmosphère des gaz à effet de serre liée à une surconsommation permanente et croissante des énergies fossiles.

Le point de départ de cette évolution démarre à la fin du 18ème siècle du fait de l’amélioration décisive apportée par James Watt à une machine à vapeur inventée par Thomas Newcomen (1)

Au début du 19ème siècle, l’industrie du coton en Grande Bretagne était essentiellement basée sur l’énergie hydraulique et pendant plusieurs décennies une compétition s’était instaurée entre celle-ci et la machine à vapeur fonctionnant au charbon. Finalement la machine à vapeur s’est imposée parce qu’elle pouvait s’implanter n’importe où et en particulier dans les villes où on pouvait avoir accès à une main d’œuvre exploitable. Certes l’eau pouvait être abondante, plus puissante et plus économique, mais l’énergie hydraulique devait s’implanter nécessairement près d’une chute ou d’un cours d’eau puissant, importer des travailleurs et installer une colonie usine sur place. De ce fait, l’économie fossile s’est développée très rapidement en Grande-Bretagne et ce pays est devenu en 1850 responsable de plus de 60% des émissions mondiales de CO2 issues de la combustion du charbon.

La technique de la machine à vapeur fonctionnant au charbon s’est étendue rapidement aux applications navales et ferroviaires : moteurs de bateaux, locomotives, etc. et de nombreux pays ont suivi ce mode de développement. Le capitalisme industriel s’est alors développé de façon exponentielle avec un taux de croissance jusqu’alors inégalé particulièrement dans les pays occidentaux, ceci coïncidant avec l’essor des empires coloniaux. A la production de gaz à effet de serre fournie par la combustion du charbon, vient s’ajouter celle du pétrole qui fait l’objet d’une exploitation et d’une utilisation industrielle à partir de 1850 ; le gaz naturel n’atteindra ce stade qu’en 1950. Parallèlement à l’augmentation de la combustion des énergies fossiles, la concentration des gaz à effet de serre n’a cessé de croître année après année dans l’atmosphère et ceci malgré le protocole de Kyoto signé en 1997 et mis en œuvre en 2005. De plus la production de CO2 est profondément inégalitaire en fonction du niveau socioéconomique des populations : en l’an 2000 les pays capitalistes avancés représentaient 16% de la population mondiale, mais étaient responsables de 77% du CO2 rejeté depuis 1850 (1).
Cette évolution périlleuse est difficile à contrecarrer car l’utilisation des énergies fossiles est inhérente au fonctionnement et à la croissance de la société capitaliste actuelle. Pratiquement tous les domaines d’activité, de multiples industries, une partie de la production d’électricité, les transports routiers, aériens, fluviaux, maritimes, la circulation dans les villes et les campagnes en sont tributaires. Des centaines de milliards d’euros sont investis dans ces énergies et, encore aujourd'hui, 75% des invesitssements dans le secteur de l'énergie sont consacrés aux énergies fossiles, notamment pour la recherche de nouveaux gisements. Pour limiter la catastrophe annoncée avec le réchauffement climatique, il y aurait lieu de procéder rapidement à des changements radicaux dans le mode de vie de la société et son organisation socioéconomique,. Ce semble encore un vœu pieux pour de trop nombreux décideurs publics et privés.

La pandémie de Covid-19 dans ce début d’année 2020 n’est sans doute pas directement d’origine climatique mais il n’est pas exclu que des changements environnementaux aient pu favoriser le contact des animaux hôtes du coronavirus et l’homme. Nous savons par ailleurs que le réchauffement climatique redistribue volontiers vers l’homme des vecteurs de nombreuses maladies.
En dehors d’une dégradation des conditions sociales et économiques, un impact maximal s’observe sur les populations pauvres dans les deux cas : pandémie et changement climatique. L’augmentation du chômage, l’augmentation de la mortalité, la diminution de l’espérance de vie, l’effet négatif de la récession économique sur la santé sont aussi des perturbations communes aux anomalies climatiques et aux pandémies. L’accentuation des troubles climatiques et la récurrence possible de nouvelles pandémies pourraient ainsi accélérer le repli de la population mondiale que laisse entrevoir la réduction observée du taux de natalité dans de nombreux pays (2).

Paco Lorente

_________________________________________
(1) Malm A, L’anthropocène contre l’histoire; le réchauffement climatique à l’ère du capital. Ed La Fabrique, 2017.
(2) voir notre article sur l'évolution de la population mondiale.

A propos

Futuroscopie se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir. Les contributions pertinentes sont les bienvenues.


Nous écrire : contact@futuroscopie.org

Contact

Pour nous faire part de vos commentaires, de vos suggestions, de vos critiques remarques ou encore pour nous proposer un texte pour publication, contactez nous :

contact@futuroscopie.org