A la recherche de notre identité universelle

La tentation du repliement identitaire est la réaction d’une nature humaine épuisée et insécurisée. Les conditions sociétales actuelles brouillent l’écoute de ce qu’elle est. Incapable d’entendre son propre fond, elle ne peut reconnaître la part constitutive d’elle-même qu’est autrui et plus largement le Vivant dont elle dépend. La sagesse africaine de l’Ubuntu lui est illisible : « Je suis parce que tu es ». Tout comme celle de la Règle d’or transcrite dans l’Evangile : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ». Le repliement identitaire mû par l’idéologie sectaire et son corollaire, l’enflure du dogmatisme, ont toujours un relent funèbre. Toute deux célèbrent une forme d’enterrement de la vie humaine et ses vertus parce qu’ils renient la part inhérente à soi-même que sont autrui et le milieu naturel. Ils refusent l’altérité. Ne pas pouvoir contrôler ce qui est autre et l’annexer à ses fins les insupportent. Ils dénigrent l’appel à fraterniser que lui renvoient l’étrange familiarité de tout visage humain dans son irréductible singularité, tout comme l’appel de « frère Soleil » ou de « sœur Lune ». En réalité, le sectarisme est une apostasie de la vocation humaine. Par sa prétention dogmatique et ses affirmations péremptoires de « sa » vérité, le sectaire s’éloigne du prochain et se condamne à ne plus écouter ce que l’Esprit énonce par les différentes et multiples facettes de l’existence humaine. « Toute affirmation dogmatique qui ne contribue pas à engendrer un style d’existence plus proche des hommes, au nom même de Dieu, prévenait Christian de Chergé, prieur de Thibirine, risque fort d’être une abstraction stérile, aveugle ou partisane. Chrétiens ou musulmans [et autres religieux] nous courons là le même danger. Rien de plus étranger à l’Evangile que le sectarisme incapable de proclamer la foi du Centurion ou la charité du bon Samaritain au seul vu des œuvres qu’ils posent ». La foi des non-adhérents déclarés, des « non-encartés » importune les tenants du monolithisme idéologique. C’est ainsi que les délires de l’apologie identitaire, au nom d’une culture, d’un idéal politique ou religieux, ont justifié les génocides ethniques et culturels les plus barbares. Nous le constatons à travers la sombre histoire du colonialisme en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie, en Océanie. Une histoire qui ne semble guère prendre fin et se perpétue aujourd’hui sous d’autres formes avec le néo-colonialisme économique en Afrique et ailleurs. Pensons aux crimes de la Chine communiste à l’encontre de la communauté tibétaine et des Ouïgours musulmans chinois, du pouvoir Birman sur les Rohingyas, des multiples restrictions de la liberté d’expression en Arabie Saoudite, en Iran, etc. Les visées politico-religieuses d’uniformisation culturelle sont une aberration de l’esprit. Une maladie véhiculée par le virus du sectarisme. A terme, elle provoque un dépérissement et un effondrement sociétal comme cela a été le cas pour tous les totalitarismes étatiques et autres. « La culture ne peut être que plurielle car se définissant par rapport à l’autre », rappelle Serge Latouche en se référant à Claude Lévi-Strauss. « Une culture unique, c’est un oxymore, un impensable. Sans l’autre, pas de culture ». Le monde du vivant nous rappelle cette évidence. Sachons le regarder avec bienveillance et empathie, en contempler la merveilleuse diversité et l’harmonieuse complexité. Là, dans l’épaisseur d’une forêt : l’incroyable multiplicité des écosystèmes qu’elle rassemble. Là, plus encore, dans les fonds marins où la vie semble foisonner à l’infini. Le vivant plébiscite et réclame la polyculture pour générer une terre féconde, résistante aux parasites et autres attaques bactériennes. Eloquente leçon du livre de la nature. Nous aurions gravement tort d’en ignorer le savant et sage contenu. Celui des racines de notre identité universelle. Une société protectrice de l’humain et créatrice d’humanité réclame une diversité culturelle et une mixité sociale, non la fragmentation en ghettos. Ne pas l’entendre, c’est nier la vie et la réalité de son unité plurielle.

William Clapier

Sauver l'humain

Image : Ulrike Mai (Pixabay)

L’abyssale crise écologique, symptôme patent de la crise de la civilisation « occidentale », ne peut guère être résolue sans concentrer toute notre attention et notre énergie à sa racine humaine. Car cette crise manifeste la faillite du comportement humain et par suite celle du mode de vie collectif qu’elle a mis en place. Par-delà les slogans brandis et scandés à chaque manifestation pro-environnementale tels « Sauvons la planète », « Sauvons le climat », « Sauvons les océans, les glaciers, les forêts, les baleines… », il s’agit plus précisément (et urgemment !) de « sauver l’humain » de lui-même, de son irresponsabilité suicidaire à l’égard de l’environnement. Sauver la Terre, c’est d’abord sauver l’humain. Sortir l’humain de son comportement destructeur. Par-delà l’énormité de sa mise en œuvre, l’équation est simple : sauvons l’humain de sa conduite « biocide » (tueur de la vie) et la crise aura quelque chance d’enfanter un monde nouveau, durable et désirable.

Planète, climat, océans et rivières, végétation et monde animal continueront à survivre en dépit des ravages – quelque fois irrémédiables - de « l’anthropocène » dévastatrice qu’ils subissent – l’impact mortifère des activités humaines sur la planète.

Nous sommes la solution puisque c’est nous qui avons créé le problème. Ne nous soustrayons pas à la tâche sous prétexte de se sentir injustement « accusé », sur-responsabilisé dans cette sale histoire que je n’ai pas recherchée. Et de rétorquer, non sans raison, que les principaux fautifs sont les détenteurs du pouvoir, les décideurs financiers, économiques, politiques. C’est juste. Très juste. C’est sans nul doute à eux prioritairement, nous le verrons, qu’il revient d’agir. A la hauteur de leurs capacités décisionnaires. Ceci étant dit, sans l’implication de chacun et une mobilisation générale débitrice de tous, impossible de parvenir à une issue salutaire dans l’immense problématique de la viabilité sur Terre que les hommes ont fini par engendrer au fil des siècles. La réalité de la condition humaine est ainsi faite : nous héritons ce que nous lèguent nos aïeuls. Nous récoltons les fruits de semences passées. Et leur qualité présente nous paraît bien médiocre, amère, souvent toxique, jusqu’à ingurgiter des « organismes existentiellement dégradés ». Pour le meilleur et pour le pire, nous héritons. Et nous ferons de la génération suivante l’héritière de ce que nous aurons fait ou pas. Chacune ne peut s’exonérer d’un devoir de responsabilité humaine sur l’état sociétal de son temps, sans l’avoir choisi pour autant.

Alors retroussons les manches de nos vies personnelles et de nos engagements collectifs pour sauver l’humain. Et ainsi participer au sauvetage de la qualité de la vie sur Terre. De ce salut, nous pouvons être les artisans heureux. Ce qui suppose de sortir courageusement et résolument de son petit « monde ». En actant au jour le jour, inlassablement, deux fondamentaux indissociables : cultiver notre intériorité et réajuster notre comportement éco-humaniste par un engagement citoyen. Nous le pouvons.

Face à l’ampleur de la crise à laquelle il nous est impossible d’échapper, savoir que nous le pouvons est sacrément captivant et stimulant. Car ne nous le cachons pas, l’entreprise est immense. Dissertant sur les convulsions de notre époque bouleversée et analysant leur gravité, le sociologue Bruno Latour use d’une formule choc : « L’apocalypse, c’est enthousiasmant ! ». Rappelons que le sens biblique, étymologique du mot « apocalypse » signifie « dévoilement », « révélation ». Bien loin de l’acception commune, synonyme de « fin du monde » sous un mode effroyablement catastrophique. De fait, l’ère de la « révélation » des racines du désordre mondial a sans nul doute quelque chose de profondément enthousiasmant. Elle ne se réduit pas à un vent de désolation sans solution qui nous emporterait dans la dépression et le désespoir. Bien au contraire, mettant en lumière ce qui est obscur, elle nous provoque à réagir en gravant dans la chair de notre esprit la passionnante interrogation : « Comment va-t-on s’y prendre pour que le monde continue ? »

Nous pouvons mettre en œuvre les voies de la continuation d’un monde viable et avenant parce qu’autrement plus humain et attentif à l’environnement naturel, à sa consistance propre. Nous le pouvons parce que nous en avons l’énergie et les compétences. Ouvrir les yeux de notre conscience et de notre cœur, c’est travailler à la nécessaire (r)évolution de nos mentalités. Agir sans tarder, collectivement, dans l’aujourd’hui de nos vies présentes, c’est œuvrer à la nécessaire transformation structurelle de notre société. Il n’est et ne sera jamais trop tard. L’horizon d’une civilisation nouvelle n’est pas au-delà. Il est sous nos pas lorsqu’ils s’efforcent à avancer ensemble dans une même lutte. Il est entre nos mains lorsqu’elles tendent à se rejoindre. Il est dans nos cœurs lorsqu’ils s’évertuent à s’aimer vraiment. Avons-nous commencé ?

« Ce ne sont là que des propos naïvement utopiques », entendra-t-on ici et là. « Utopiques », celles et ceux qui œuvrent et espèrent un monde autre que celui que nous connaissons ? Si on considère « l’utopique » comme celui qui « ne tient pas compte de la réalité », qui « nourrit des projets imaginaires, impossibles à réaliser », alors sans aucun doute, « l’utopique » est celui qui continue à penser, vivre, agir sans s’inscrire dans l’alternative d’un monde autre que celui édifié sur la « religion » de la croissance et du « tout économique ». Ce monde va à sa perte. Mais si « l’utopie » est la force intérieure de « l’irréalisé » à mettre en œuvre, alors, oui, la transition vers une Terre nouvelle s’inscrit dans cette belle et captivante utopie.

Alors, « aux âmes, citoyens ! Eveillons nos cœurs à ce qui demeure. Formons nos îlots de résistance. Boycottons ce qui ne peut que s’effondrer. Manifestons la joie d’être simplement et pleinement humain ».

William Clapier

Des religions à la spiritualité

 

Dans le cadre d’une étude globale sur le futur des religions, le centre de recherche américain PEW estime qu’en 2050, du fait du dynamisme démographique des populations musulmanes, l’Islam représentera, 30% de la population mondiale, presque autant que le christianisme (31%) qui bénéficiera de la croissance démographique des chrétiens d’Afrique et du prosélytisme protestant un peu partout dans le monde. Le reste de la population se répartira entre les religions asiatiques (bouddhisme, hindouisme, etc.) et les athées ou les agnostiques qui représentent plus de la moitié de la population dans certains pays occidentaux et en Chine. Enfin la population juive, en Israël et dans le monde, devrait retrouver en 2050 le niveau qui était le sien avant la Shoa et l’expulsion des juifs du monda arabe[1], soit 20 millions de personnes (0,2% de la population mondiale).
Selon cette même étude, l’Islam progressera en Europe mais dans des proportions qui n’ont rien à voir avec les prédictions fantaisistes de certains medias annonçant le « grand remplacement ». Les européens d’origine musulmane qui représentent actuellement 5% de la population pourrait atteindre jusqu’à 14% de la population du continent si que l’afflux record de réfugiés que l’Europe connaît actuellement se poursuivait sans discontinuer jusqu’en 2050. Si toute l’immigration s’arrêtait de manière immédiate et définitive, cette population continuerait néanmoins d’augmenter pour atteindre 7% en 2050, du fait de la jeunesse des migrants et de leur taux de fertilité. La Suède qui pratique une des politiques d’accueil les plus généreuses en Europe pourrait voir passer sa population d’origine musulmane de 8% actuellement à un niveau entre 11 et 30 % à l’horizon 2050. En France, dont la population musulmane actuelle est également de 8%, les projections de l’étude Pew conduisent à un taux de musulmans compris entre 12 et 18%. Ces projections, basées pour l’essentiel sur la prolongation des données démographiques actuelles sont cependant à prendre avec beaucoup de précaution car elles ne tiennent pas compte d’une évolution de fond qui se fait jour à propos des religions et que nous allons expliciter.

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La nature fait partie de nous

image : Gerd Altmann (Pixabay)

L’attrait pour l’illimité dont fait preuve notre société ivre de la puissance de ses pouvoirs techno-économiques, ne serait-il pas l’expression dévoyée du désir d’infini et d’éternité commun à la grande majorité des humains, quel que soit leur culture ? Ce désir dont nous pressentons l’indéracinable force en tout amour fidèle, en toute vraie amitié, en tout moment heureux, en toute contemplation de la beauté naturelle du vivant. Je le crois. Baudelaire avait bien ciblé l’incoercible désir d’une félicité ininterrompue lorsqu’il répète qu’une vie ne peut être vécue sans ivresse : « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve ». Vivre l’euphorie d’une ébriété sans fin, l’enchantement d’une fête de l’esprit en illimité, n’est-ce pas le vœu secret de l’homme ? Pascal a ciselé le paradoxe de notre désir d’infini, étrangement serti dans notre finitude, en une formule lapidaire dont il a le secret : « L’homme passe l’homme ». A la croisée du fini – sa corporéité – et de l’infini – son esprit -, l’homme est bel et bien convié à un dépassement ; non à une transgression. Sans déserter les limites de son humaine condition, ce dépassement signe et signale un accomplissement par les voies de son intériorité plus vaste que l’univers. Autrement dit, l’homme est et sera d’autant plus humain qu’il réalise et réalisera le potentiel « divin » lové au cœur de lui-même ; dans le cadre des limites de son habitat terrestre, en accord avec le vivant dont il dépend, dans le consentement à sa propre finitude. Sagesse de l’humilité, mère de toute vertu. L’avidité et la cupidité normalisées par le système tout-économique dominant polluent avec telle prégnance nos esprits. Voudra-t-on retrouver la joie d’une frugalité choisie ? Soyons simples, c’est le plaisir de vivre et le secret de la convivialité. Soyons des écoutants amoureux de la nature, c’est la voie de l’harmonie apaisante. Le défi présent, si urgent, pour la viabilité collective de notre Terre est à ce prix (non coté en bourse...).

Originellement, le sacré renvoie au « divin  », à la notion du « numineux » mise en évidence par Rudolf Otto.

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