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Covid-19 : la technologie au secours de la médecine

Ramené à sa population, l’Extrême-Orient compte beaucoup moins de médecins que l’Occident. Pour faire face à cette relative pénurie,  la Chine, le Japon, la Corée du sud ou Singapour recourent massivement aux nouvelles technologies.

 

La discipline et le sens des responsabilités collectives pourraient expliquer en partie ce résultat comme le laisse à penser les cas de l’Allemagne et de la Suisse où la pandémie fait moins de ravage que dans l’Europe du sud. Ce n’est cependant qu’une partie de l’explication. L'infrastructure peut également jouer : le Japon et la Corée disposent de plus de lits d’hôpitaux qu’en Europe.  En Chine le Président Xi Jinping a réussi à faire construire des dizaines d’hôpitaux de campagne en quelques jours. Pourtant, plus au sud, avec 6 millions d’habitants, peu de médecins et peu de lits d’hôpitaux, Singapour n’a enregistré que quelques dizaines de  décès alors que des agglomérations ayant des populations comparables, comme Paris ou Milan, comptent leurs morts par milliers.
La vraie raison de la réussite asiatique se trouve dans l’utilisation à grande échelle des nouvelles technologies...

Dès les premières alertes, la ville-État de Singapour, la « smart-nation » dirigée par le général Lee Hsien Loong, a systématisé les tests pour isoler les personnes infectées et mis en place le traçage des personnes entrées en contacts avec les malades, via une application sur smartphones et via la vidéosurveillance. Observant quels signes de risques de résurgence de l’épidémie, Singapour a ensuite interdit son territoire aux non-résidents puis progressivement elle impose un confinement total et strict de la population, s’il le faut avec des bracelets électroniques et un pistage autoritaire. La Corée du sud, applique une stratégie de traçage similaire pour protéger ses 52 millions d’habitants et, comme Singapour, elle semble également avoir endiguer l’épidémie.
En Chine, à Wuhan d’où est parti la pandémie, CloudMinds, une entreprise de robotique venue de Pékin teste l’hôpital du futur avec des robots dotés d’intelligence artificielle qui épaulent le personnel médical. Dans une annexe de l’hôpital, les robots autonomes et interactifs surveillent la température, le rythme cardiaque, la teneur du sang en oxygène et les autres fonctions vitales des patients équipés de bracelets et autres capteurs électroniques. Les données sont utilisées par les robots eux-mêmes pour optimiser leurs tâches. Lorsque les robots détectent une aggravation de l’État d’un patient, il le transfère à une équipe humaine prend le relai. Les informations sont également centralisées en temps réel sur un grand écran de contrôle pour permettre aux médecins et infirmières de la situation et donner de nouvelles consignes aux robots si nécessaire.

A coté de ces robots très sophistiqués, d’autres robots, plus rustiques, remplissent des fonctions basiques : ils apportent les médicaments, les boissons, la nourriture et veillent à l’état sanitaire des locaux. Certains ont une apparence humanoïde avec une tête, des bras, un tronc et sont dotés de capacité de reconnaissance faciale et d’intelligence vocale. Ils sont capables de reconnaître les patients et de dialoguer avec eux. Les malades apprécient beaucoup ces robots interactifs qui les soignent jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux. Enfin d’autres robots humanoïdes viennent en renfort des humains pour l’accueil du patient et le traitement administratif de son séjour.

Dans les villes atteintes, les robots ont aussi pris une place essentielle dans la lutte contre le Covid. Un des géant chinois du commerce en ligne et de la logistique, JD, s’est associé à Gree une entreprise industrielle d’État pour mettre au point dans un temps record une ligne de robots pour détecter le virus et désinfecter les lieux publics et les locaux à usage collectifs: rues et parkings, centres d’achat, immeubles de bureaux, campus universitaires, zones industrielles, etc.
Les robots inspecteurs qui circulent dans une zone sont équipés de capteurs thermiques très sensibles qui leur permettent d’analyser la température corporelle des personnes qu’ils croisent et ainsi de détecter ceux qui présentent une fièvre symptomatique du Covid-19.

Les robots de désinfection chargés de pulvériser les produits bactéricides, liquides ou gazeux, sont programmés pour épouser la configuration des lieux. Ils peuvent fonctionner 24 heures sur 24 selon des rythmes et fréquences adaptés aux besoins. Grâce à leur vision dans le rayonnement ultraviolet, comme les abeilles, ils peuvent continuer leur travail la nuit sans avoir besoin d’éclairage particulier

Avec la pandémie, le commerce en ligne a explosé en Chine mais les livreurs font défaut. JD Logistics a rapidement trouvé une réponse en déployant une chaîne de drones et de robots configurés avec diverses couches d’intelligence artificielle pour leur donner des capacités de reconnaissance d’images et d’apprentissage rapide. A Wuhan ils font à présent partie du paysage et livrent à la porte du client.

Les drones sont aussi bien visibles en Corée où ils approvisionnent les zones contaminées en médicaments et petits équippements médicaux. A Daegu ils participent également aux opérations de désinfection. En Europe les drones ont aussi fait leur apparition pour aider la police à faire respecter les consignes de confinement.

L’Intelligence Artificielle a déjà une réalité depuis longtemps en Chine. Elle permet au pays de faire face à son grave problème de pénurie de médecins. Une société de Shanghaï, Ping An Good Doctor, gère ainsi la plateforme de consultations médicales en ligne la plus importante du monde avec plus de 200 millions d’inscrits. Après avoir rempli les questionnaires pour créer ou actualiser leur dossier médical, les patients qui se connectent décrivent les symptômes pour lesquels ils consultent. Le système établit le diagnostic et le transmet à un médecin avec des suggestions de traitement. Ce dernier n’a plus qu’à valider et éventuellement demander des renseignements additionnels pour envoyer son ordonnance électronique à l’autre bout du pays. Pin An Good Doctor commercialise également des objets connectés à usage médical tel un bracelet pour analyser les pulsations cardiaques permettant, avec un simple smartphone, d’obtenir en temps réel une analyse de l’état de son cœur sans avoir besoin d’aller voir un cardiologue.

Avec le Covid-19, JD Health a lancé une plateforme gratuite de consultation ouverte 24j/h/24 en chinois et en anglais. Elle reçoit des millions de visites et répond à des centaines de milliers de requête venant de l’étranger.

Malgré la fascination exercée par l’Asie, l’Europe est aussi à l’oeuvre et retrouve une vitalité tehnologique qu’on avait tendance à minimiser. Des centaines de robots de désinfection utilisés en Chine viennent d’une entreprise danoise, Odense. Ce sont ces robots danois qui sont au travail en Italie, entre autres, à Rome et en Vénétie.
Les robots humanoïdes de Wuhan, comme « Pepper » ont d’abord été conçus et mis au point par une entreprise française, Aldebaran, rachetée par les japonais de Softbank Robotics et dont les filiales sont à présent active en Chine, en Europe et aux Etats-Unis). On oublie d'ailleurs souvent que la culture scientifique de la France remonte à la Renaissance avec des noms prestigieux comme René Descartes, Blaise Pascal, Pierre de Fermat, Jean d’Alembert, Joseph Louis Lagrange, Evariste Galois, Henri Poincaré, etc. Aujourd’hui encore elle compte des milliers de mathématiciens de très haut niveau : un quart des médailles Fields, l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, ont été décernées à des français. La France est donc très présente dans le domaine de la robotique. Plus de 200 entreprises françaises sont actives dans l’Intelligence Artificielle militaire (Atos, Dassault Systèmes, Thales, MBDA, etc.). Elles pourraient sans doute être plus utiles dans le domaine médical.

En médecine et en biotechnologie, les chercheurs Français, Italiens, Allemands et européens en général ont des compétences reconnues dans le monde entier. Si l’Asie est en pointe pour contenir le Covid-19, l’Europe pourrait créer la surprise en donnant la solution pour le soigner.

L’Allemagne, la France, la Suisse ont des entreprises de premier plan dans les secteurs du médicament et ces entreprises sont en mesure de venir en aide aux malades partout dans le monde. Les américains restent également en pointe dans le domaine des nouvelles technologies et des sciences du vivant. En télémédecine, le centre médical de l’Université Rush à Chicago ou l’hôpital universitaire de Washington sont déjà à pied d’œuvre pour détecter les personnes contaminées par le covid-19. De nombreuses start-up ont également déjà mis en place des services de consultations dédiés à la pandémie.

Au-delà de l’imbécile en chef qui s’agite à la Maison blanche et du drame humain qu’ils s’apprêtent à vivre, les américains sont capables de rebond comme ils ont sû le faire après le coup de tonnerre du Spoutnik : si les Russe furent les premiers dans l’espace, les américains furent les premiers sur la Lune.

Aujourd’hui la course à l’intelligence est plus ouverte que jamais dans ce monde en voie de globalisation. Au cours de ce 21ème siècle, la masse de la matière grise des êtres humains va dépasser les 15 millions de tonnes, 1 000 fois plus qu’à l’époque de l’invention de l’écriture. Avec ce formidable potentiel d’intelligence de plus en plus connecté, l’espèce humaine développe de fantastiques capacités technologiques. Elle acquiert de nouveaux pouvoirs et repousse de nombreuses limites.
Le Covid-19 sera donc maîtrisé à coup sûr. Espérons néanmoins qu’il nous oblige à de profondes et salvatrices remises en cause.

source:
Jacques Carles et Michel Granger - L'Apogée (disponible en  France via Amazon)
(images : courtoisie CloudMinds)

 

 

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