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Transplantation de têtes humaines !

Sergio Canavero : "Greffer une tête humaine est possible" (TED Conférence, 2015)

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), chaque année plus de 100 000 greffes d’organes sont effectuées dans le monde soit environ une quinzaine toutes les heures. Parmi les organes transplantés, on retrouve les reins, le foie, le cœur, les poumons, le pancréas, etc. En fait, presque tous les organes du corps humain peuvent aujourd’hui faire l’objet d’allogreffes. La transplantation d’organe se banalise. Il ne reste qu’une exception : la tête ! Cette greffe ultime devrait éclipser tous les exploits chirurgicaux précédents car il s’agit là de changer la pièce maîtresse du corps humain, celle qui contient le « disque dur » de cet ordinateur qui nous sert à penser si ce n’est autre chose : notre conscience, voire notre âme !

La transplantation du cerveau - au lieu de la tête - n’est pas envisagée pour l’instant parce que l’extraction de cet organe d’un crâne pour le replacer dans une boîte crânienne vide poserait de trop nombreuses difficultés. Du coup, un échange standard de la tête à partir du cou semble un objectif plus accessible.

Dès 1912, De Somer et Heymans[1] développèrent une technique sur des têtes de chiens pour les maintenir en vie « par circulation croisée avec d’autres animaux de la même espèce », c’est à dire en les branchant sur des congénères intacts ! La technique fut reprise, dans la Russie de Staline, par Vladimir Demikhov, pionnier de la transplantation en Union Soviétique, qui fut le premier, en 1954, à greffer la tête et les pattes avant d’un chiot sur le cou d’un berger allemand. En tout 20 cerbères de ce genre furent « fabriqués », mais la plupart ne vécurent que quelques jours ou quelques semaines. Le professeur Barnard, le premier à greffer un cœur humain, visita le laboratoire du savant russe par deux fois, en 1960 et 1963. Barnard considérait Demhikov comme un maître de sa spécialité.

Aux États-Unis, Mira Pavlovic, de l’Université Yale, réussit, en 1958, à maintenir en vie pendant 70 jours des poulets dont la tête avait été « interchangée » au stade embryonnaire. Après lui, le docteur Robert J. White, chef du service de neurochirurgie de l’hôpital de Cleveland, Ohio, multiplia les transplantations de têtes sur des animaux. En 1970, il fit état de nombreux résultats sur des têtes de rats, chiens et singes isolés du corps maintenu en vie par raccords vasculaires et « semblant conserver leur aptitude à voir, entendre, goûter, sentir ». Selon lui, la greffe d’un corps entier sur une tête pourrait un jour être la solution pour redonner toutes ses facultés physiques à un homme tétraplégique ou atteint de dégénérescence musculaire incurable. Le corps pourrait provenir d’un homme en état de mort cérébrale ou ayant subi un traumatisme crânien mortel.

En 2015, à la conférence annuelle de l’Académie américaine des chirurgiens neurologiques et orthopédiques à Annapolis, dans le Maryland, le professeur Sergio Canavero, de l’université de Turin, présente son projet baptisé Heaven/AHBR[2]. Inspiré des travaux de Robert White, il consiste, ni plus ni moins, à greffer un corps humain sur la tête d’un autre humain. Dès 2016, en Chine, Sergio Canavero et le professeur XiaoPing Ren, de l’université médicale de Harbin, franchissent une première étape dans cette direction en greffant la tête vivante d’un singe sur le corps d’un autre congénère. Le primate aurait survécu une vingtaine d’heures et conservé ses fonctions cérébrales. Selon le magazine scientifique New Scientist qui l’a interviewé, le professeur Canavero estime que sa technique de transplantation sera bientôt au point et pourra être mise en œuvre chez l’homme dans un proche avenir. En 2017 il annonce avoir réalisé avec ses partenaires chinois la première transplantation de tête humaine sur un cadavre, une expérience qu'il présente comme nécessaire pour mettre au point les derniers détails avant l'opération sur une tête humaine vivante... Plus récemment, en 2019, Sergio Canavero et Ren Xiaoping ont montré comment des singes et des chiens ont pu remarcher après que leur moelle épinière ait été « entièrement sectionnée » puis raccordée [3] . Selon les savants Frankestein, leurs études prouvent que des essais peuvent maintenant être réalisés sur des êtres humains.  Le mode opératoire préconisé prévoit d'utiliser une lame de diamant pour couper simultanément la moelle épinière du donneur et du receveur. Et afin d’éviter une mort immédiate du cerveau du receveur avant qu’il ne soit attaché au corps, sa tête serait refroidie jusqu’à un état d’hypothermie profonde.
Si les obstacles techniques peuvent sans doute être surmontés, les esprits ne sont pas prêts à accepter ce type de greffes. Une tête greffée sur un corps étranger va-t-elle conserver une personnalité unique ou engendrer des conflits psychiques ? Beaucoup de ces questions restent sans réponse et c’est pourquoi la plupart des chirurgiens s’opposent au projet du Professeur Canavero. Le Professeur Denis Glotz spécialiste des transplantations à l’hôpital saint Louis résume bien le sentiment de la communauté scientifique : " l’idée paraît totalement folle. Le système immunitaire ne chercherait en réalité qu’à se débarrasser de la tête du receveur…".

Michel Granger

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[1] Popat N. Patil. Discoveries in pharmacological sciences (p. 698). World Scientific Publishing Co Pte Ltd.
[2] Head Anastomosis Venture/Allogenic Head Body Reconstruction.
[3]Head transplant breakthrough claimed: doctors Ren Xiaoping and Sergio Canavero say they repaired fully severed spinal cords in animal ,Tribune News Service (290 mars 2019)

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