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Effets du Réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est de plus en plus présent et évident. Depuis des millions d’années, la Terre connaît des alternances de périodes glaciaires et de périodes interglaciaires avec des variations considérables de température et de niveau des océans mais c'est la première fois que la Terre connait une évolution aussi rapide. Selon les experts, l'augmentation de la température moyenne à la surface du globe serait entre 1 et 6 °C à la fin du 21ème siècle. Une évolution aussi importante en l'espace d'un siècle s'explique essentiellement par les activités humaines qui rejettent dans l'atmosphère des gaz à effet de serre: méthane, protoxyde d’azote et surtout CO2 ; le méthane ayant un effet de serre 20 fois plus important que le CO2, mais il est beaucoup moins présent que celui-ci (1,2). L’atmosphère terrestre comportait 413 ppm de CO2 en 2019 contre 283 ppm vers le milieu du 19ème siècle (une augmentation de 46%).

Le réchauffement climatique a comporté 2 phases : la 1ère de 1910 à 1945 et la seconde de 1976 à 2020, séparées par une période de léger refroidissement (voir Figure). Mais il tend à s’accélérer ces dernières décades : la décennie 2002 – 2011 a été la plus chaude de toutes les données connues, et les 10 mois successifs de juin 2019 à mars 2020 ont eu une température supérieure à la normale.

Il s’accompagne d’une élévation du niveau de la mer qui pourrait atteindre un peu plus de 1 m à la fin du siècle, liée à la fonte des banquises, calottes polaires et glaciers de montagne (le niveau de la mer de Glace à Chamonix a baissé de près de 70% depuis le début du 20ème siècle) : ceci devrait augmenter considérablement le nombre de populations soumises au risque d’inondation. La quasi- disparition de la banquise en été, diminue l’albédo de l’Arctique renforçant le réchauffement de l’Océan pendant cette saison. Par ailleurs le dégel du pergélisol a débuté dans les régions proches du cercle polaire provoquant des dégagements importants de méthane de l’ordre de 14 à 35 millions de tonnes par an. Ces deux dernières altérations suggèrent que le réchauffement climatique entre actuellement dans un stade où il peut s’entretenir et s’auto-amplifier par lui-même, ce qui pourrait conduire à des points de non-retour.

Comme le souligne Bernard Swynghedauw (3) trois groupes d’effets peuvent affecter l’être humain : (1) des effets directs sur la santé humaine, (2) des effets sur la virulence des agents pathogènes et (3) des effets indirects sur la biodiversité et l’écosystème.

Effets directs sur la santé humaine

Les effets directs du changement moyen de la température et des vagues de chaleur sont à considérer séparément.
L’élévation extrême de la température moyenne provoque une augmentation de la mortalité et de la morbidité générale, mais cet effet peut être considérablement atténué par un âge jeune et un niveau socioéconomique élevé. Elle exacerbe aussi les effets délétères d’agents toxiques responsables de la pollution atmosphérique.
Les grandes vagues de chaleur (dont la fréquence devrait augmenter) peuvent avoir des effets impressionnants illustrés par l’épisode d’août 2003 qui a été responsable de la mort de 20.000 à 45.000 morts en Europe sur 2 semaines. Une telle mortalité a pu être due à un état de santé déjà altéré concernant principalement le domaine cardiovasculaire. L’étude épidémiologique de cet effet dévastateur (Le Tertre 2006) a démontré qu’une telle mortalité reflète principalement les limites de nos capacités d’adaptation, même si elles peuvent être amplifiées par l’environnement sociologique, la misère ou la solitude. Depuis ces dernières années en fait les effets des vagues de chaleur paraissent changer de nature et sont moins des accélérations d’états de santé préexistants que des effets propres aux changements thermiques survenant sur un terrain particulier. Leur fréquence peut augmenter: la part de la population mondiale exposée plus de 20 jours par an à des canicules potentiellement mortelles pourrait passer de 30 % en 2016 à 74 % en 2100.

Effets sur la virulence des agents pathogènes.

Depuis 50 ans, il y a globalement récession des maladies infectieuses comparée à l’incidence des maladies auto-immunes et allergiques. Cependant l’élévation de la température moyenne et le décalage des barres isothermes vers le Nord va induire des transferts de vecteurs avec des conséquences difficiles à prévoir. Les changements climatiques ont déjà favorisé la redistribution des vecteurs de maladies comme la dengue, le paludisme, l’onchocercose, la maladie de Chagas, la trypanosomiose, la schistosomiase, le choléra, la maladie de Lyme et la diarrhée infectieuse. En 2050 les effets anthropogéniques du réchauffement climatique augmenteront d’un facteur 720, 195 et 40 le nombre de cas de paludisme, de dengue et de schistosomiase.

Effets indirects sur la biodiversité et l’écosystème

Les effets des inondations, des poussées de sécheresse, des nouveaux cyclones tropicaux ne sont qu’une préfiguration de ce qui nous attend. Et en ce qui concerne les cyclones, les études récentes semblent montrer que ce serait moins la fréquence que la gravité et la durée des cyclones qui seraient affectées dans le futur par le réchauffement de la mer.
Cet ensemble de nuisances aura des effets néfastes importants au niveau de l’écosystème et va entraîner des migrations de populations, source de pauvreté. Leurs conséquences seront gravissimes en termes de famine, de migrations animales, de prolifération microbienne, d’empoisonnements alimentaires3 et de redistribution des allergènes. Il existe enfin des effets plus indirects sur le niveau de la mer, de la salinisation des côtes et de la dégradation environnementale qui influencent pêche et élevage.

 


La perte de la biodiversité menace l’humanité

On entend par biodiversité tout ce qui concerne le nombre, l’abondance, la composition, la distribution spatiale et les interactions des génotypes, populations, espèces, types fonctionnels, traits et unités de paysage dans un système donné (5). Les écosystèmes, comme par exemple la pollinisation (les abeilles) sont indispensables à la biodiversité, mais inversement seule la biodiversité permet le maintien et la diffusion des écosystèmes, le succès de la pollinisation sous-entend la diversité des assemblages de pollen, l’absence de diversité conduit immanquablement à un appauvrissement génétique et à une diminution de la production de fruits par exemple.

 

Conclusions

La limite souhaitable de réchauffement devrait être au plus de 2°C en 2100 et dans ce cas on pourrait néanmoins observer une extinction de 8% des espèces – une extinction de près de 20% pour une augmentation de 4,3°C - et pour ce qui concerne l’espèce humaine il est déjà acquis que le changement climatique est responsable de 0,3% de la mortalité annuelle. Le caractère le plus nuisible de ce changement n’est pas tant l’élévation de la température moyenne que les variations imprévisibles, rapides et chaotiques caractérisant les vagues de chaleur. L’adaptation aux changements climatiques dépend de l’âge, des conditions physiques et du niveau socioéconomique des individus et des populations, mais on ne connait pas l’adaptabilité du génome humain façonnée depuis des millions d’années à un environnement relativement froid et riche en infections diverses alors que l’environnement thermique est en train de changer brutalement. Par contre on connait l’adaptabilité des virus et de leurs vecteurs et on sait que les changements climatiques de température et d’humidité agissent sur la répartition géographique de nombreux vecteurs. N’oublions pas non plus que l'impact du réchauffement climatique diffère pour les femmes et les hommes, en particulier dans les pays du Sud. Au lendemain des catastrophes, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'être déplacées, agressées sexuellement, victimes de violence et d'autres violations des droits humains. Elles suivent souvent une scolarité plus courte, ce qui les rend moins informées sur le changement climatique et moins susceptibles de participer à la prise de décisions qui auraient une incidence sur leur vulnérabilité.

Paco Lorente

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(1) Hansen J, Sato M, Ruedy R et al., Global temperature change. PNAS of USA 2006, 103, pp 14288-14293.
(2) IPCC. The IPCC 4th Assessment Report: A picture of climate change, the current state of understanding, 2007.
(3) Swynghedauw B, Quand le gène est en conflit avec son environnement ; une introduction à la médecine Darwinienne. Ed De Boeck, 2009.
(4) Le réchauffement océanique autour des îles Féroé facilite la méthylation du mercure présent dans la mer à titre de pollution et sa captation ultérieure par les poissons, ce qui modifierait le développement neurocognitif chez l’enfant nourri avec ce type de poissons (Booth S, Zeller D, Mercury, food webs, and marine mammals: implications of diet and climate change for human health. Environ Health Perspect 2005, 113, pp 521-526.).
(5) Diaz S, Fargione J, Chapin FS III et al., Biodiversity loss threatens human well-being. PLoS Biology. 2006, 4, pp. 1300-1305.

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