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Ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.

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Le virus de la mentalité : « toujours plus riche que l’autre »

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.

Gandhi

L’aspect pernicieux des injonctions consuméristes de notre société est d’activer jusqu’à l’excès le ressort de l’avidité. Par une addiction compulsive à l’achat-possession, la quête de sens et de bonheur, inhérente à l’être humain, est transférée à la recherche de biens et son accumulation. Inexorablement se forgent des liens d’identification avec ce qui est possédé. On finit par « croire » à ce qui est possédé parce que recherché, désiré comme but réalisateur de sa vie. Ce que je possède, dont j’use et abuse, participe à ce que je suis. Je deviens - un peu, beaucoup, passionnément… - et cette voiture et cette maison et ce bel intérieur et cette collection de toiles ou autres bien précieux et ce jardin et ce voilier et cet hôtel que je fréquente régulièrement. Bref, j’entre peu à peu dans un processus d’identification à un standing, un style de vie qui est mien. Ce que j’ai devient - psychologiquement et émotionnellement - ce que je suis.

Trompeuse équation, toxique croyance. L’homme ne fait que creuser une angoisse de vivre car les biens matériels sont à eux seuls incapables d’exaucer l’attente de plénitude. Ils alimentent au contraire et accroissent le trouble existentiel de ne pas pouvoir être soi-même. Or le malaise le plus profond ne réside-t-il pas dans l’incapacité à être soi-même ?

En outre, une véritable concurrence de l’avoir se met en mouvement. Une forme de « rivalité mimétique », pour parler comme René Girard, créée par l’enrichissement et le désir d’opulence s’affirme, conforté par un univers ambiant particulièrement narcissique. Tout est ramené à soi, aux prétentions à paraître mieux et plus élevé que quiconque. Bien évidemment, autrui n’est envisagé que dans le prisme de ce qu’il a, de la tête aux pieds : son maquillage, ses vêtements, ses chaussures …de grande marque, sa montre et ses bijoux …de luxe, sa tablette …dernier cri, tout comme sa voiture, son habitation, son niveau de vie, ses sorties et ses divertissements.

Le « Star System » du cinéma et du show business illustre outrageusement les canons de ce modèle économique qui attire, scandalise et conditionne les « consomm’acteurs » que nous sommes. Dans la frénésie narcissique savamment orchestrée, il persuade les internautes que leur idole doit être plus « brillant » que les autres, non sans avoir vanté-vendu sa « brillance » à grand coup de clips et clamé via les réseaux sociaux que le « winner takes all » (le « gagnant prend tout ») ! Parmi d’autres « produits » mondialisés du « Star System », Kim Kardashian en est une des figures commerciales les plus accomplies. Icône médiatique, gestionnaire hors pair en marketing de son propre succès, elle incarne un style de vie à elle seule qu’elle vend à prix fort, guide les choix de ses millions de fans, les incite à consommer telle ou telle chose. En quelques années, Kardashian est devenue la diva planétaire du système « tout-économique ».

Très riches, moins riches, classes moyennes, gens modestes, le virus de la pléonexie, « mentalité du possédant jamais repu », touche toutes les couches sociales. Les ravages de cette maladie de l’âme sont toutefois incontestablement plus manifestes dans les hautes sphères de la société, avec une note d’indécence assumée. Aux millionnaires à qui on demande « quel serait le niveau de fortune nécessaire pour qu’ils se sentent « vraiment à l’aise », ils répondent tous de la même manière, quel que soit le niveau déjà atteint : le double de ce qu’ils possèdent déjà... » La « civilisation » capitaliste persuade les esprits à orienter leurs options de vie sur le terrain de la possession matérielle, gage de bonheur assuré, assène-t-elle à l’aide de son armada publicitaire. « Posséder » pour jouir de choses sans cesse renouvelées dans leur contenu. Avoir - courir après - un standing de vie toujours plus confortable : une piscine …chauffée ! des voitures …SUV connectées ! des saunas et salles de cinéma …privés ! des vacances …avec des prestations et des agréments « jamais vus » !… Bref « avoir » et vivre dans le « toujours plus » inédit, sous l’emprise du démon « pleonexia » et de son parfum enivrant « cupidité ». Et surtout aux yeux de tous.

Comble de cette folie obscène, de riches Russes, Indiens, Chinois s’exhibent en mettant en ligne des photos d’eux-mêmes. On les voit littéralement affalés sur le sol, aux portes de leurs véhicules de luxe, entourés de billets et de bijoux, soigneusement disposés. Objectif : exhiber sa fortune. Ou bien encore, un de ces moyens ahurissants que les ultras-riches ont trouvé pour dépenser leur fortune : organiser une course où entrent en compétition les plus grands yachts, moyennant une dépense pouvant aller jusqu’à 330 millions de dollars. Sans parler des dépenses-consommation quotidiennes les plus extravagantes de Las Vegas à Dubaï et aux Bahamas en passant par les villas-palaces de Floride et les « suites » les plus luxueuses à plusieurs dizaines de milliers d’euros la nuit. La démesure n’a plus de limites dans le monde de la ploutocratie et de ses plus de 2200 milliardaires que compte ce cercle très fermé et replié sur lui-même.

Illusoire et fallacieuse attraction d’un « bonheur » fondé sur le cumul et le faste de richesses matérielles. Une supercherie vieille comme le monde. L’explosion de l’essor technologique lui a conféré des dimensions vertigineusement dévastatrices, tant au plan sociétal qu’environnemental.

Jusqu’à quel désastre l’humanité devra-t-elle s’abîmer pour ralentir, stopper sa fallacieuse course et prendre à la direction de l’Être, déclinée dans les vertus de la coopération, du partage, de la bienveillance et de l’heureuse sobriété ? Les voies où elles se concrétisent, existent. A nous de les rejoindre sans tarder.

 William Clapier