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Ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.

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Sauver l’humain

L’abyssale crise écologique, symptôme patent de la crise de la civilisation « occidentale », ne peut guère être résolue sans concentrer toute notre attention et notre énergie à sa racine humaine. Car cette crise manifeste la faillite du comportement humain et par suite celle du mode de vie collectif qu’elle a mis en place. Par-delà les slogans brandis et scandés à chaque manifestation pro-environnementale tels « Sauvons la planète », « Sauvons le climat », « Sauvons les océans, les glaciers, les forêts, les baleines… », il s’agit plus précisément (et urgemment !) de « sauver l’humain » de lui-même, de son irresponsabilité suicidaire à l’égard de l’environnement. Sauver la Terre, c’est d’abord sauver l’humain. Sortir l’humain de son comportement destructeur. Par-delà l’énormité de sa mise en œuvre, l’équation est simple : sauvons l’humain de sa conduite « biocide » (tueur de la vie) et la crise aura quelque chance d’enfanter un monde nouveau, durable et désirable.

Planète, climat, océans et rivières, végétation et monde animal continueront à survivre en dépit des ravages – quelque fois irrémédiables - de « l’anthropocène » dévastatrice qu’ils subissent – l’impact mortifère des activités humaines sur la planète.

Nous sommes la solution puisque c’est nous qui avons créé le problème. Ne nous soustrayons pas à la tâche sous prétexte de se sentir injustement « accusé », sur-responsabilisé dans cette sale histoire que je n’ai pas recherchée. Et de rétorquer, non sans raison, que les principaux fautifs sont les détenteurs du pouvoir, les décideurs financiers, économiques, politiques. C’est juste. Très juste. C’est sans nul doute à eux prioritairement, nous le verrons, qu’il revient d’agir. A la hauteur de leurs capacités décisionnaires. Ceci étant dit, sans l’implication de chacun et une mobilisation générale débitrice de tous, impossible de parvenir à une issue salutaire dans l’immense problématique de la viabilité sur Terre que les hommes ont fini par engendrer au fil des siècles. La réalité de la condition humaine est ainsi faite : nous héritons ce que nous lèguent nos aïeuls. Nous récoltons les fruits de semences passées. Et leur qualité présente nous paraît bien médiocre, amère, souvent toxique, jusqu’à ingurgiter des « organismes existentiellement dégradés ». Pour le meilleur et pour le pire, nous héritons. Et nous ferons de la génération suivante l’héritière de ce que nous aurons fait ou pas. Chacune ne peut s’exonérer d’un devoir de responsabilité humaine sur l’état sociétal de son temps, sans l’avoir choisi pour autant.

Alors retroussons les manches de nos vies personnelles et de nos engagements collectifs pour sauver l’humain. Et ainsi participer au sauvetage de la qualité de la vie sur Terre. De ce salut, nous pouvons être les artisans heureux. Ce qui suppose de sortir courageusement et résolument de son petit « monde ». En actant au jour le jour, inlassablement, deux fondamentaux indissociables : cultiver notre intériorité et réajuster notre comportement éco-humaniste par un engagement citoyen. Nous le pouvons.

Face à l’ampleur de la crise à laquelle il nous est impossible d’échapper, savoir que nous le pouvons est sacrément captivant et stimulant. Car ne nous le cachons pas, l’entreprise est immense. Dissertant sur les convulsions de notre époque bouleversée et analysant leur gravité, le sociologue Bruno Latour use d’une formule choc : « L’apocalypse, c’est enthousiasmant ! ». Rappelons que le sens biblique, étymologique du mot « apocalypse » signifie « dévoilement », « révélation ». Bien loin de l’acception commune, synonyme de « fin du monde » sous un mode effroyablement catastrophique. De fait, l’ère de la « révélation » des racines du désordre mondial a sans nul doute quelque chose de profondément enthousiasmant. Elle ne se réduit pas à un vent de désolation sans solution qui nous emporterait dans la dépression et le désespoir. Bien au contraire, mettant en lumière ce qui est obscur, elle nous provoque à réagir en gravant dans la chair de notre esprit la passionnante interrogation : « Comment va-t-on s’y prendre pour que le monde continue ? »

Nous pouvons mettre en œuvre les voies de la continuation d’un monde viable et avenant parce qu’autrement plus humain et attentif à l’environnement naturel, à sa consistance propre. Nous le pouvons parce que nous en avons l’énergie et les compétences. Ouvrir les yeux de notre conscience et de notre cœur, c’est travailler à la nécessaire (r)évolution de nos mentalités. Agir sans tarder, collectivement, dans l’aujourd’hui de nos vies présentes, c’est œuvrer à la nécessaire transformation structurelle de notre société. Il n’est et ne sera jamais trop tard. L’horizon d’une civilisation nouvelle n’est pas au-delà. Il est sous nos pas lorsqu’ils s’efforcent à avancer ensemble dans une même lutte. Il est entre nos mains lorsqu’elles tendent à se rejoindre. Il est dans nos cœurs lorsqu’ils s’évertuent à s’aimer vraiment. Avons-nous commencé ?

« Ce ne sont là que des propos naïvement utopiques », entendra-t-on ici et là. « Utopiques », celles et ceux qui œuvrent et espèrent un monde autre que celui que nous connaissons ? Si on considère « l’utopique » comme celui qui « ne tient pas compte de la réalité », qui « nourrit des projets imaginaires, impossibles à réaliser », alors sans aucun doute, « l’utopique » est celui qui continue à penser, vivre, agir sans s’inscrire dans l’alternative d’un monde autre que celui édifié sur la « religion » de la croissance et du « tout économique ». Ce monde va à sa perte. Mais si « l’utopie » est la force intérieure de « l’irréalisé » à mettre en œuvre, alors, oui, la transition vers une Terre nouvelle s’inscrit dans cette belle et captivante utopie.

Alors, « aux âmes, citoyens ! Eveillons nos cœurs à ce qui demeure. Formons nos îlots de résistance. Boycottons ce qui ne peut que s’effondrer. Manifestons la joie d’être simplement et pleinement humain ».

William Clapier