A propos

Ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.

Contact

Commentaires, suggestions, critiques ou proposition de texte pour publication sont les bienvenus :

contact@futuroscopie.org

A la recherche de notre identité universelle

La tentation du repliement identitaire est la réaction d’une nature humaine épuisée et insécurisée. Les conditions sociétales actuelles brouillent l’écoute de ce qu’elle est. Incapable d’entendre son propre fond, elle ne peut reconnaître la part constitutive d’elle-même qu’est autrui et plus largement le Vivant dont elle dépend. La sagesse africaine de l’Ubuntu lui est illisible : « Je suis parce que tu es ». Tout comme celle de la Règle d’or transcrite dans l’Evangile : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ». Le repliement identitaire mû par l’idéologie sectaire et son corollaire, l’enflure du dogmatisme, ont toujours un relent funèbre. Toute deux célèbrent une forme d’enterrement de la vie humaine et ses vertus parce qu’ils renient la part inhérente à soi-même que sont autrui et le milieu naturel. Ils refusent l’altérité. Ne pas pouvoir contrôler ce qui est autre et l’annexer à ses fins les insupportent. Ils dénigrent l’appel à fraterniser que lui renvoient l’étrange familiarité de tout visage humain dans son irréductible singularité, tout comme l’appel de « frère Soleil » ou de « sœur Lune ». En réalité, le sectarisme est une apostasie de la vocation humaine. Par sa prétention dogmatique et ses affirmations péremptoires de « sa » vérité, le sectaire s’éloigne du prochain et se condamne à ne plus écouter ce que l’Esprit énonce par les différentes et multiples facettes de l’existence humaine. « Toute affirmation dogmatique qui ne contribue pas à engendrer un style d’existence plus proche des hommes, au nom même de Dieu, prévenait Christian de Chergé, prieur de Thibirine, risque fort d’être une abstraction stérile, aveugle ou partisane. Chrétiens ou musulmans [et autres religieux] nous courons là le même danger. Rien de plus étranger à l’Evangile que le sectarisme incapable de proclamer la foi du Centurion ou la charité du bon Samaritain au seul vu des œuvres qu’ils posent ». La foi des non-adhérents déclarés, des « non-encartés » importune les tenants du monolithisme idéologique. C’est ainsi que les délires de l’apologie identitaire, au nom d’une culture, d’un idéal politique ou religieux, ont justifié les génocides ethniques et culturels les plus barbares. Nous le constatons à travers la sombre histoire du colonialisme en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie, en Océanie. Une histoire qui ne semble guère prendre fin et se perpétue aujourd’hui sous d’autres formes avec le néo-colonialisme économique en Afrique et ailleurs. Pensons aux crimes de la Chine communiste à l’encontre de la communauté tibétaine et des Ouïgours musulmans chinois, du pouvoir Birman sur les Rohingyas, des multiples restrictions de la liberté d’expression en Arabie Saoudite, en Iran, etc. Les visées politico-religieuses d’uniformisation culturelle sont une aberration de l’esprit. Une maladie véhiculée par le virus du sectarisme. A terme, elle provoque un dépérissement et un effondrement sociétal comme cela a été le cas pour tous les totalitarismes étatiques et autres. « La culture ne peut être que plurielle car se définissant par rapport à l’autre », rappelle Serge Latouche en se référant à Claude Lévi-Strauss. « Une culture unique, c’est un oxymore, un impensable. Sans l’autre, pas de culture ». Le monde du vivant nous rappelle cette évidence. Sachons le regarder avec bienveillance et empathie, en contempler la merveilleuse diversité et l’harmonieuse complexité. Là, dans l’épaisseur d’une forêt : l’incroyable multiplicité des écosystèmes qu’elle rassemble. Là, plus encore, dans les fonds marins où la vie semble foisonner à l’infini. Le vivant plébiscite et réclame la polyculture pour générer une terre féconde, résistante aux parasites et autres attaques bactériennes. Eloquente leçon du livre de la nature. Nous aurions gravement tort d’en ignorer le savant et sage contenu. Celui des racines de notre identité universelle. Une société protectrice de l’humain et créatrice d’humanité réclame une diversité culturelle et une mixité sociale, non la fragmentation en ghettos. Ne pas l’entendre, c’est nier la vie et la réalité de son unité plurielle.

William Clapier