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La robotique s'intéresse au sexe

source : Realbotix

La sexualité prend une certaine autonomie par rapport à la procréation et à la parentalité. Avec le développement technologique, la liberté individuelle qui nourrit l’évolution des mœurs peut aussi conduire à des "innovations" qui, pour le moins, posent questions.

Ainsi la robotique et l’intelligence artificielle préparent l’arrivée de robots sexuels à l’apparence humanoïde hyperréaliste avec des matériaux de synthèses reproduisant la peau humaine à s’y méprendre. De tels robots peuvent être programmés afin qu’ils soient en mesure de tenir une conversation et de répondre à toutes les sollicitations imaginables.

La société Realbotix[1] fondée par Matt McMullen un pionnier des jouets pour adultes a ainsi développé Harmony une poupée sexuelle qui ne dit jamais non. L’aspect physique et le comportement du robot, au corps de rêve bourré d’électronique, est personnalisable comme toutes les poupées Realdolls créés par Matt Mc Mullen. De nombreux concurrents, aux Etats-Unis, en Chine, en France se mettent aussi sur le marché. Des versions femmes et des versions hommes sont proposées. Il est même déjà possible de louer, pour une durée limitée, des poupées sexuelles « hyperréalistes » dans de discrets « lieux de plaisir » à Barcelone, à Londres, à Paris. En Chine où la politique de l’enfant unique a conduit à une classe d’âge composée de 3 hommes pour une femme, le service est particulièrement prisé des males chinois.

Ces robots sexuels vont encore progresser en réalisme et seront capable d’apprendre à progresser dans leurs échanges verbaux et physique avec leur maître au point peut-être un jour de donner plus de satisfaction qu’un partenaire réel. Seront-ils alors de simple objet de plaisir ? Des esclaves spécialisés ou deviendront-ils de véritables compagnes ou compagnons ?

David Levy, un expert en intelligence artificielle qui étudie le sujet depuis de nombreuses années, estime que les robots sexuels, en devenant de plus en plus sophistiqués, trouveront leur place dans la société humaine et que les rapports sexuels avec des robot deviendrons monnaie courante. Il y voit également un bénéfice pour la société car les robots sexuels pourraient éviter la prostitution et canaliser les délinquants sexuels potentiels[2].

Dans un article prospectif publié dans la revue savante « Futures », Ian Yeoman et Michelle Mars de l'université Victoria (Wellington, Nouvelle-Zélande) vont dans le même sens et prédisent que d’ici l’année 2050, les prostituées du Red Light District d’Amsterdam auront été remplacées par des robots sexuels ce qui évitera de réduire en esclavage les femmes d’Europe de l’est exploitées sexuellement aux Pays-Bas[3].

Moins optimiste, Kathleen Richardson de l’Université De Montfort (Leicester, UK), y voit au contraire un danger pour la société comparable à celui de la prostitution[4]. Elle dénonce en particulier l’image négative que les robots sexuels renvoient de la femme et de son corps comme objet de consommation.

Une première synthèse scientifique réellement documentée sur le sujet a été publié par la « Fondation pour une Robotique Responsable » (FRR)[5]. Il en ressort que dans un récent sondage d’opinion 86% des personnes interrogées considèrent que les robots peuvent répondre aux attentes sexuelles des humains. Une enquête aux Etats-Unis révèle aussi que deux hommes sur trois et une femme sur trois sont prêts pour une relation sexuelle avec un robot. D’autres enquêtes conduisent à des résultats plus faibles mais encore significatifs. Ce ne sont donc pas uniquement les personnes seules en mal d’affection qui pourraient être séduites par ces robots mais un public bien plus large. Dans l’état actuel de la technologie, l’attachement sentimental à ces êtres artificiels semble cependant peu probable mais la situation peut évoluer si l’intelligence artificielle de ces robots sexuels les rapprochent encore davantage de leurs modèles humains.

Selon la FRR, la plupart des recherches conduites sur le sujet montrent que le risque d’isolement social, voire d’addiction, existe pour les utilisateurs de robots sexuels. Quelques contre-exemples montrent en revanche que certains n’hésitent pas à s’afficher en public avec leur compagnon humanoïde et que la société est prête à l’accepter. Enfin si les robots peuvent répondre à certaines carences affectives et permettre à certaines personnes de retrouver un certain équilibre émotionnel et sexuel, le FRR a recensé peu d’éléments permettant d’affirmer que les robots sexuels pourraient avoir un rôle de prévention contre les viols, la pédophilie ou d’autres délits sexuels.

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[1] https://realbotix.com
[2] David Levy. Love and Sex with Robots: The Evolution of Human-Robot Relationships. Harper Perennial Editor, 2008
[3 Ian Yeoman, Michelle Mars. Robots, men and sex tourism. Futures. Volume 44, Issue 4, May 2012, 365-371
[4] Kathleen Richardson. The Asymmetrical Relationship : Parallels Between Prostitution and the Development of Sex Robots - SIGCAS Computers & Society, Sept 2015 , Vol. 45, 3 290-293.
[5] Foundation for Responsible Robotics. Our Sexual Future with Robots. Report. Jul 5, 2017

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