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Ce site se propose de collecter les nombreux signaux faibles qui annoncent déjà ce que sera demain et d'analyser les grandes forces qui sont à l’œuvre en ce début de 21ème siècle. L'objectif n'est cependant pas de prévoir ce que sera l’avenir mais plus modestement d’inciter à la réflexion pour agir collectivement et maitriser notre futur au lieu de le subir.

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Le crépuscule du nucléaire ?

Le coût du kWh d’origine nucléaire est de 7 centimes d’euro en prenant en compte les dépenses d’exploitation, le coût du capital investi, les frais liés au traitement des déchets et du combustible usé et la provision pour le démantèlement final de la centrale. Ce coût a tendance à augmenter au fil des ans, compte tenu des normes de sécurité imposées aux exploitants, alors que le coût de l’électricité issue des sources renouvelables ne cesse de baisser.

L’énergie nucléaire perd donc peu à peu de son intérêt économique et, plus grave, les risques liés à son usage apparaissent aujourd’hui bien supérieurs à ceux affichés il y a quelques décennies. Il y a une vingtaine d’année, la probabilité d’un accident nucléaire majeur était estimé à 5.10-5 soit 1/20.000 par réacteur et par an [1]. Autrement dit, en théorie, un réacteur ne devait rencontrer un problème majeur qu’une fois tous les 20.000 ans, donc quasiment jamais. En 2011, la catastrophe de Fukushima-Daiichi au Japon allait faire prendre conscience que la probabilité d’un accident majeur était certainement supérieure à ce que laissait entendre les experts.

Depuis la mise en service en 1951 aux États-Unis du premier réacteur expérimental, des centaines de centrales nucléaires ont été construites. Aujourd’hui, en cumulant les années de fonctionnement de ces installations, nous disposons d’un recul équivalent à quelque 15.000 années de fonctionnement d’un réacteur. Depuis le début de l’ère nucléaire, 11 accidents graves ont eu lieu avec une fusion partielle ou totale du cœur du réacteur. La fréquence annuelle observée pour ces accidents ramenée à 1 réacteur est donc de 11/15.000 soit 1/1364. Autrement dit, chaque réacteur a un risque d’accident tous les 1364 ans. Pour connaître la probabilité d’un accident pour l’ensemble des 450 réacteurs actuellement en service dans le monde, ayant chacun une probabilité d’accident de 1/1364, le calcul est complexe mais bien connu des statisticiens. Le résultat conduit à la probabilité de 1/36 : un accident grave tous les 36 ans pour la totalité du parc de centrales nucléaires.

Bien sûr ce raisonnement a ses limites car nous n’avons encore que peu de données et des facteurs comme les catastrophes naturelles ou le terrorisme sont presque impossibles à appréhender. Mais il apparaît néanmoins clairement que ce risque n’est pas nul et qu’il est bien supérieur aux premières estimations des experts, ce que démontrent les accidents les plus médiatisés : Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011.

Si le risque chiffré d’un accident nucléaire est difficile à estimer, les conséquences d’un désastre majeur sont par contre bien identifiées : la fusion du cœur d’un réacteur de 1250 MW suivi d’un rejet limité à une heure de 10 % de ses éléments les plus volatils (césium, iode), entraînerait à terme 50.000 cancers ainsi que 3.000 effets héréditaires.

Un nombre croissant de pays ont donc renoncé au nucléaire et mis en place un programme de fermetures de leurs centrales encore opérationnelles : Autriche, Suède, Italie, Belgique, Allemagne, Suisse, Canada, etc.

Dans ce contexte, l’EPR [2], la technologie nucléaire européenne de dernière génération a bien du mal à convaincre : un seul réacteur a démarré, à Taishan en Chine après 9 ans de laborieux travaux ; le réacteur finlandais d’Olkiluoto commencé en 2005 et le français de Flamanville mis en chantier en 2007 ne sont toujours pas en service. Après la décision de l’Afrique du Sud, de renoncer à son programme d’EPR pour le remplacer par des énergies renouvelables plus sûres et plus compétitives, l’avenir du nucléaire semble donc bien terne, sauf peut-être pour les mini-centrale mobile de capacité limitée (voir notre article : Une centrale nucléaire flottante mise en service dans l’arctique russe)

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[1] Commission européenne, DG XII, ExternE, Externalities of Energy ,1995.

[2] Evolutionary Power Reactor